le grand Nazareth de la culture occidentale

homélie de la messe des étudiants, 1er février 2017

Cela Cashel (Irl.) m’arrive souvent de me dire : ah, si je pouvais faire des miracles comme Jésus, je ramènerais tant de gens à la foi ! Voyant tous ces signes, ils ne diraient plus : Dieu n’existe pas, ou en tout cas il ne compte pas et il est même dangereux. Mais dans l’évangile aujourd’hui (Mc 6,1-6) je constate que les miracles n’ouvrent pas les cœurs fermés. Jésus vient dans « sa patrie », et les gens disent : mais on le connaît déjà ; qu’est-ce que c’est toutes ces nouvelles choses qu’il apporte ? Nous savons bien qu’il est un homme ordinaire et qu’il n’y a rien à attendre de lui…

Nazareth a une correspondance presque parfaite dans le monde contemporain : c’est la société occidentale anciennement chrétienne. Elle aussi dit : s’il y a bien une chose qu’on connaît déjà et qui ne nous apporte pas ce que nous cherchons, c’est bien la foi chrétienne. Je ne sais pas ce que les évangélistes (Marc et Luc) avaient en tête quand ils nous ont transcrit ce récit, mais en fait c’est comme si cela devait servir 2000 ans plus tard, pour nous ici. Et dans ce monde dur je dis parfois au Seigneur : tu as envoyé tes disciples être pêcheurs d’hommes, au filet, et nous c’est à la canne à pêche que nous faisons la pastorale, et encore : il faut beaucoup d’asticots ! Alors le Christ me répond dans sa Parole : « là il ne pouvait accomplir aucun miracle… Et il s’étonna de leur manque de foi. Jésus parcourait les villages d’alentour en enseignant. » (v.5-6)

Quand j’entends cela, je me dis que la solution à ce problème de l’annonce dans le monde contemporain ne nous appartient pas, mais qu’elle appartient à Celui qui a été jusqu’au bout de ce rejet, et qui a obtenu que le Saint-Esprit puisse habiter en nous qui sommes pécheurs. Oui, le Christ n’a pas fait que buter sur les problèmes, il a ouvert le Ciel, il a tiré des milliards de cœurs à la lumière. Et à nous, il appartient de le suivre. Le suivre, c’est notre boussole et notre fierté en ce monde. Le suivre, vivre comme lui en fils, en fille de Dieu, avoir Dieu pour Père, marcher ainsi dans la vie avec l’assurance que donne la foi, comme c’est exaltant !

Et alors nous nous rappelons de la première lecture, de cette histoire d’épreuves, de Dieu qui donne des leçons, de la tristesse que cela occasionne, etc. (He 12, 4-7.11-15) Cela correspond à ce que nous connaissons : dans le cœur du croyant, ce n’est pas toujours le printemps. Nous vivons dans un monde cassé, avec nos cœurs cassés eux aussi, et la vie chrétienne passe par un combat. Ce n’est pas que Dieu nous enverrait des tuiles, mais le disciple, même proche de Dieu, peut avoir le cœur vide, se sentir pris dans le non-sens, etc.

Ne nous laissons pas désorienter par le combat intérieur et extérieur. C’est normal que cela arrive. Il faut cela pour que notre cœur se simplifie, devienne vraiment un cœur de pauvre qui possède le Royaume. « La foi commence quand Dieu se tait » disait dans une homélie le père Boulad. Et cette fois illumine nos cœurs.

Dans ces moments d’épreuve, qu’allons-nous faire ? Tenir bon, et nous encourager les uns les autres : « redressez les mains inertes et les genoux qui fléchissent ». Et pas question de se tirer dans les pattes : « qu’il ne pousse chez vous aucune plante aux fruits amers, cela causerait du trouble, et beaucoup en seraient infectés. » Mais soutenons-nous avec affection, intensément, pour que Dieu puisse purifier nos cœurs et les rendre comme l’or passé au creuset, comme des diamants brillant de mille feux, habités par un grand amour généreux et joyeux.