Garde-moi de refuser la lumière !

homélie du 4e dimanche de carême

En ces jours ouverture, Cicalpa Vieja, Équateur où la lumière du printemps nous réjouit, Jésus se présente comme lumière. « Je suis la lumière du monde » (Jn 9,5). Comme elle est désirable, cette lumière ! Pourtant, aussitôt Jésus précise qu’elle doit se frayer un chemin dans les ténèbres. Et on aura même l’impression que les ténèbres vont l’emporter sur lui : « la nuit vient où personne ne pourra plus travailler aux œuvres de celui qui m’a envoyé » (v.4).

La foi nous met en contact avec la lumière du Christ, elle nous fait vivre dans sa lumière, elle nous fait connaître la joie d’aimer Dieu et d’être aimés de lui. Cette lumière de la foi est une victoire sur les ténèbres. Quelles sont ces ténèbres ? J’en relèverai trois. D’abord, les ténèbres de l’ignorance : on ne sait pas bien ce qu’on peut attendre de Dieu (un peu comme les disciples, qui associent par erreur le péché et la maladie). Il y a ensuite les ténèbres de l’incapacité, comme celle de l’aveugle qui depuis sa naissance ne peut voir la lumière. Il me fait penser à ceux qui en raison de leur histoire personnelle ne peuvent imaginer un Dieu père, un Dieu fidèle, un Dieu de tendresse. Le Christ vient les guérir, vient leur redonner accès à son Père qui donne la vie, qui pardonne, qui sauve.

Il y a une troisième classe de ténèbres, les plus graves car elles sont enracinées profond dans le cœur de l’homme. Ce sont les ténèbres du refus, celles des pharisiens d’alors, de ceux qui ne veulent pas reconnaître et s’enferment dans un raisonnement qui refuse de voir la réalité. L’homme rencontré par Jésus a été aveugle depuis sa naissance, et maintenant il voit par l’action de Jésus. Cela n’est pas admissible par les pharisiens. Alors ils disent qu’il n’a pas été aveugle (v.18), et que de toute façon Jésus est un pécheur (v.24) ; comment aurait-il pu ouvrir les yeux de cet aveugle ? Et finalement ils le rejettent, ils font « delete » (v.34).

Ce raisonnement me fait un peu penser à celui que l’on entend de la part des défenseurs de l’avortement aujourd’hui. Ils disent : la loi a permis qu’on pratique l’avortement donc il y a un droit à l’avortement, et on ne peut pas discuter du bien fondé de l’avortement ou de ce qu’est le fœtus : la preuve qu’il n’est rien c’est qu’on peut pratiquer l’avortement. Et on part d’une bonne intention : ne pas faire peser sur la conscience de la maman qui a avorté un poids trop lourd de culpabilité… on part de cette bonne intention pour transformer la réalité, pour parler comme si la science avait découvert une étape dans le développement de l’embryon, une étape où on pourrait dire : avant c’est un petit animal, mais à partir de là il devient un être humain. Or la science dit le contraire : le développement est continu, il n’y a pas de saut qualitatif, tout se développe progressivement, on n’observe pas un moment de transformation de quelque chose en être humain. Même le système nerveux est présent dès le début sous forme embryonnaire. On dira que l’Église est conservatrice et rétrograde, qu’elle bafoue le droit des femmes. Mais ce n’est pas cela : l’Église dit : un vrai droit ne peut pas être affirmé contre la réalité, nous ne pouvons pas nier la réalité pour affirmer un droit, sinon ce droit repose sur du sable et il détruit plus qu’il ne sauve. Cela veut dire que notre société doit être imaginative, pour prendre autrement en compte la détresse des mamans qui ne peuvent pas garder leur enfant. Car oui, il y a un défi de tendresse, d’accueil, d’aide, à relever. Et aussi en amont un défi d’éducation, sur comment viennent les enfants. Mais on ne résout pas la détresse de la maternité en niant la maternité, en faisant que la femme soit stérile comme l’homme, en faisant comme si elle n’avait pas le pouvoir de donner la vie.

Revenons aux choses de la foi. Comme il y a trois types de ténèbres, il y a trois types d’ignorance de la foi. On peut ne pas les connaître parce qu’on n’en a pas entendu parler. Une annonce de l’amour de Dieu peut y remédier. On peut les ignorer parce qu’en nous quelque chose nous empêche pour le moment d’y adhérer. S’il y a une blessure, le Christ nous dit : viens, je veux te guérir ! Par exemple, au père et à la mère qui ont commis l’avortement, le Seigneur ne dit pas : c’était ton droit, ne viens pas m’embêter avec ça… Mais il dit : viens te confesser, je te soulagerai de ce péché, mon pardon te donnera la lumière. Enfin, on peut aussi ne pas vouloir en entendre parler. C’est infiniment plus grave. L’Écriture en parle parfois, comme dans la finale de Mc 16,16 : « Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé ; celui qui ne croira pas, sera condamné. » C’est bien de ce troisième type d’incroyance qu’il est question. Cela nous renvoie chacun à nous-mêmes, et nous fait crier vers Dieu : Seigneur, garde-moi de refuser la lumière !