Pie XII, ce grand méconnu

Dès que j’ai entendu les critiques bien connues sur Pie XII j’ai eu l’impression que cet homme devait être différent que ce que l’on disait de lui. Mais je ne m’attendais pas à découvrir l’homme et le pape étonnant que fut Eugenio Pacelli puis Pie XII. Je note ici quelques faits saillants, la plupart tournant autour de la Seconde guerre mondiale et de ses préparatifs, puisque c’est à ce sujet que la figure de Pie XII est habituellement controversée.

Un dernier chapitre montrera d’autres aspects méconnus de ce pape timide et courageux, prudent et audacieux, doux et fort comme l’Évangile.

A. La situation en Allemagne
dans les années 30

1. Les Églises après la première guerre mondiale

En 1917, Eugenio Pacelli est envoyé comme nonce en Bavière, à Munich. Il n’est pas question d’avoir un nonce à Berlin, en Prusse protestante, où le pape est plus ou moins considéré comme l’antéchrist. Mais dès le début Pacelli tentera d’intervenir auprès du Kaiser pour obtenir la paix en Europe. Avec l’avènement de la république de Weimar, les catholiques acquièrent droit de cité dans l’Allemagne et la nonciature est transférée à Berlin.

En 1925 on compte à Berlin 3.083.200 protestants pour 403.800 catholiques. (S1.124)

Dans l’église protestante naît le mouvement des « chrétiens allemands », en soutien à la politique de Hitler. « Nous chrétiens évangéliques allemands, considérons comme un don de la main de Dieu le salut de notre peuple par notre Führer Adolf Hitler. » (S.122) Des dissidents comme Bonhöffer ou plus tard Niemöller s’y opposent2.

Dans l’Église catholique certains évêques apportent leur soutien à Hitler, par peur du communisme, traumatisés par la révolution rouge en Allemagne au sortir de la guerre3. D’autres sont plus clairvoyants et s’opposent directement au parti nazi. En 1930 Mgr von Galen, évêque de Munster, béatifié en 2005, interdit aux catholiques de s’inscrire au parti de Hitler, tandis que Gföllner, évêque de Linz, se dresse contre « l’impie et chimérique idéologie raciste prêchée sous le nom de “mythe du sang”. [...] Il est impossible d’être à la fois bon catholique et véritable national-socialiste. » Quand en 1933 l’archevêque de Cologne lève l’interdiction d’accès en uniforme du parti à la réception des sacrements et de sépulture religieuse, Pacelli alors secrétaire d'État fulmine : « pourquoi les évêques ont-ils fait la moitié du chemin pour rencontrer le gouvernement ? Et s’ils le devaient, n’auraient-ils pas pu le faire attendre encore un mois au moins ? » (S.124)

De ces attitudes, Goering parle de « l’homme noir qui fait le guet pendant que le marxisme cambriole la maison allemande. »

2. le concordat de 1933

Hitler imagine le concordat pour amadouer les catholiques, et envoie à Rome son ministre Von Papen avec le brouillon soumis en 1921 à la Prusse par Pacelli. Le Saint-Siège n’avait qu’une alternative, confie Pacelli à un diplomate anglais le 11 août 1933 : accepter le concordat ou assister impuissant à l’élimination de l’Église catholique allemande. Le concordat garantit l’inviolabilité de toutes les possessions d’Église en Allemagne, et le droit des écoles catholiques et des organisations de jeunesse. Mais déjà on pressent qu’il arrivera à propos de la jeunesse ce qui s’est passé avec Mussolini, les états totalitaires ne tolérant pas de ne pas avoir la mainmise sur elle (en 1931 l’Action catholique italienne fut obligée par le Duce à renoncer aux activités politiques et sportives). En Allemagne, en moins de 3 semaines, 92 prêtres sont arrêtés et 9 journaux catholiques sont interdits.

Avec le Concordat, malgré toutes les violations de la part du régime, les catholiques ont eu des arguments juridiques pour repousser le plus longtemps possible les persécutions, et ils les utiliseront jusqu’à exaspérer les dirigeants nazis.

Pourtant, 6 mois après la signature, des membres du clergé se retrouvent à Dachau3b. À Rome on condamne les principaux livres racistes allemands. L’Autriche est encouragée dans sa résistance à l’Anschluss. L’assassinat du chancelier Dollfuss est qualifié d’« exécrable violence sanguinaire ».

Hitler déclarera : « à la fin, c’est moi qui serai le chef suprême et pas le pape. Il n’y a plus de place pour nous deux dans l’espace vital allemand. Cependant je ne veux pas faire de martyrs. Je veux plutôt faire des papistes des criminels plutôt que des martyrs. » (S.129)

3. 1935

Le 17 juillet Goering lance une circulaire sur le « catholicisme politique », où il villipende le clergé catholique qui, « témoignant d’un mépris calculé et systématique pour les magnifiques conquêtes de l’État national-socialiste et en contradiction avec le devoir formel d’admiration joyeusement consentie imposé à la nation toute entière par les victorieux efforts du régime dans tous les domaines de la vie, croit devoir, parce qu’il sent lui échapper la domination politique, détourner de l’idée national-socialiste les concitoyens dont l’âme lui est confiée. » (S.136)

Les nazis mettent la pression sur l’Église catholique.L’Osservatore Romano réagit durement le 4 août 1935 contre les insultes, les abus de pouvoir, la campagne ouverte contre le christianisme. L’organe officiel des SS écrit : « l’ennemi est aujourd’hui chassé de ses trous. Nous attaquons, car nous avons le droit pour nous. Ces ennemis, ce sont les hommes qui, au nom d’une doctrine d’amour, ont détruit des peuples entiers... ». Les nazis interdisent tout insigne, toutes sorties en plein air pour les mouvements de jeunesse. Les religieuses sont chassées des hôpitaux et des crèches ; la presse catholique est bâillonnée ; l’enfance est systématiquement déchristianisée, les fonctionnaires n’ont plus le droit de scolariser leurs enfants hors de l’école nationale. Pacelli incite l’épiscopat allemand à prononcer « une parole d’éclaircissement (...) pour défendre la vérité menacée et arracher le masque des multiples formes de l’erreur et de l’excitation contre l’Église. » (S.138) Mais la hiérarchie est plus que prudente.

4. 1936

Le 8 octobre le cardinal Pacelli s’embarque pour les États-Unis. A bord, il y a 600 juifs. Le commandant s’excuse auprès du prélat de faire battre pavillon juif à la poupe du navire. « Hissez mon pavillon à côté de celui d’Israël et laissez-les flotter ensemble, vous verrez qu’ils font bon ménage », lui répond le cardinal. (S.140) A New-York il est accueilli triomphalement comme le « lutteur contre les totalitarismes ».

Nous sommes en pleine guerre d’Espagne. 10.000 prêtres seront assassinés, quantité de religieuses violées et pendues, des églises brûlées, etc. L’Espagne passera-t-elle aux mains des communistes ? En URSS prêtres et évêques sont privés de liberté. La peur du bolchevisme pèse aussi dans la balance pour les évêques allemands. Mais ils écrivent une protestation envers le régime nazi, aussitôt saisie, et celui-ci répond : « vous essayez de nous faire croire que nous avons besoin de vous, c’est vous qui avez besoin de nous ! »

Himmler apostasie, suivi par plusieurs dignitaires du régime (2700 radiations en 1 an à Cologne). Le III° Reich étouffe tout ce qui vient de Rome. Ceux qui avaient un temps pensé à une collaboration possible déchantent (cf. Mgr Gröber, de Fribourg).

5. 1937

Le 14 mars, dimanche des Rameaux, est lue en chaire Mit brennender Sorge, encyclique de Pie XI initiée par le cardinal Faulhaber de Munich et largement inspirée par Pacelli. Au sujet du nazisme, l’encyclique parle d’« une véritable apostasie. Cette doctrine est contraire à la foi chrétienne. »

Aucune riposte officielle, mais des prêtres sont arrêtés et la presse bâillonnée. Le Reich reprend des procès de mœurs contre les ordres religieux, épinglant des cas de pédophilie et organisant toute une propagande autour de cela3c. Les journaux publient : « le Vatican est la centrale du vice » ; et « la dernière encyclique pontificale a été applaudie sans réserve par les Juifs, les Tchèques, les Français et les francs-maçons, cela nous suffit. » (S.148)

Plus tard, en 1938, lors d’une allocution, Pie XI condamnera plus clairement l’antisémitisme : « nous sommes spirituellement des sémites ». Pacelli l’avait fait à Lourdes en avril 1935 : « peu importe qu’ils se massent autour du drapeau de la révolution sociale, qu’ils s’inspirent d’une fausse conception du monde et de la vie, qu’ils soient possédés par la superstition de la race ou du sang, leur philosophie aux uns et aux autres repose sur des principes essentiellement opposés à ceux de la foi chrétienne, et avec de tels principes, à aucun prix, l’Église ne consent à pactiser. »

à Noël 1937 Pie XI déclare dans son homélie : « pour appeler les choses par leur nom : en Allemagne, c’est la persécution religieuse... C’est une persécution à laquelle il ne manque ni la force ni la violence, ni les pressions et les menaces, ni les ruses de l’astuce et du mensonge. »

Pacelli soutient von Preysing (évêque de Berlin) et von Galen (Munster) dans leur ferme opposition au Führer, tandis que d’autres évêques et le nonce sont favorables à une certaine collaboration. (S.160)

6. 1938

Eugenio Pacelli ne parvient pas, pour sauver l’Autriche, à émouvoir le gouvernement italien ni à rapprocher Londres de Paris. L’archevêque de Vienne, Innitzer, fait trop bon accueil à Hitler, se laissant séduire par la collaboration avec le régime. Il est sommé de se rétracter par Pacelli et Pie XI. Son archevêché est alors mis à sac par les hitlériens.

En mai, le pape et son secrétaire d'État quittent Rome lorsqu’Hitler arrive, tandis que l’Osservatore Romano publie que le pape a quitté le Vatican parce que l’air de Castel Gandolfo lui convient mieux que l’air vicié de Rome.

En juillet, dans une homélie, Pie XI critique à nouveau durement le racisme. Mussolini et ses sbires sont furieux. Le nonce en Italie est convoqué.

7. 1939

Lorsque Pie XI meurt, tandis que du monde entier parviennent les condoléances et que 400.000 personnes rendent hommage au pape défunt, Mussolini ne se dérangera pas, se contentant de s’exclamer : « le vieil entêté est mort enfin ! »

Avant l’élection de Pie XII, Das Reich écrit : « Pie XI était à moitié juif, car sa mère était une Juive hollandaise, mais le cardinal Pacelli est un vrai juif. » Des catholiques souhaitent que le nouveau pape cessera « l’agitation politique. Il n’est pas un catholique allemand qui, aujourd’hui, ne voie avec épouvante arriver la date du dimanche, avec le prône qu’elle apporte. Nous exigeons des prêtres qui ne soient que des prêtres... » (S.175)

L’Allemagne est le seul pays européen qui n’envoie pas de délégation à l’intronisation de Pie XII. Mais Pie XII prend les devants et écrit à Hitler, assez aimablement. Il commente : « nous voulons voir, tenter une expérience. S’ils veulent le combat, nous ne le craignons pas. Mais nous voulons voir s’il n’y a pas quelque possibilité d’obtenir la paix. (...) On ne peut sacrifier les principes. Quand nous aurons tout essayé, et s’ils persistent néanmoins à vouloir la guerre, alors nous nous défendrons... » (S.186)

8. Déclaration d’Albert Einstein

« Lorsque la révolution nazie survient en Allemagne, c’est sur les universités que je comptais pour défendre la liberté, dont j’étais moi-même un amoureux, car je savais qu’elles avaient toujours mis en avant leur attachement à la cause de la vérité ; mais non, les universités furent immédiatement réduites au silence. Alors je me tournai vers les grands éditeurs de journaux, dont les éditoriaux enflammés des jours passés avaient proclamé leur amour de la liberté ; mais eux aussi, en quelques courtes semaines et comme les universités, furent réduits au silence. Dans la campagne entreprise par Hitler pour faire disparaître la vérité, seule l’Église catholique se tenait carrément en travers du chemin. Je ne m’étais jamais spécialement intéressé à l’Église auparavant, mais maintenant je ressens pour elle une grande affection et admiration, parce qu’elle seule a eu le courage et la persévérance de se poser en défenseur de la vérité intellectuelle et de la liberté morale. Je suis donc bien forcé d’avouer que, maintenant, c’est sans réserve que je fais l’éloge de ce qu’autrefois je dédaignais. »
(Albert Einstein, article de Time le 23 décembre 1940)

 

B. Commentaires à l’élection de Pie XII

Louis Aragon écrit dans Ce soir que l’élection de Pie XII « consacre en France l’union des Français. Et qu’à cet égard elle est un facteur de la paix dans le monde. » Dans Le Populaire, Pierre Brossolette écrit : « Dans la personne de son nouveau chef, la catholicité vient de se prononcer sans appel contre les dictateurs et la politique de la menace, de la violence et de la peur. » (S.>32)

Les fascistes boudent, invoquant qu’il n’est pas d’usage qu’un collaborateur du pontife disparu lui succédât, que ce n’est plus arrivé depuis Grégoire XII en 1073... (S.179)

C. Les années de guerre

1. 1939, 1940

Pie XII à son bureauPie XII imagine une conférence de paix au Vatican, entre l’Italie, l’Allemagne, la Pologne, la France et l’Angleterre. Il lance l’invitation le 5 mai 1939, mais tout le monde décline l’offre. (S.188). Malgré tout, le pape continue son action diplomatique. Il dira plus tard du conflit qu’il s’est employé « sans discontinuer pour le conjurer, non seulement par l’action déjà connue du public, mais encore par des démarches confidentielles et d’ordre pratique. Il a épuisé toutes les possibilités qui donnaient encore, en quelque manière que ce fût, quelque espoir de maintenir la paix, ou tout au moins d’exclure un péril imminent de guerre. » (S.190). Parmi ces démarches confidentielles, on peut sûrement compter les contacts secrets qu’il entretient avec des adversaires allemands du régime hitlérien, et l’intermédiaire qu’il fit entre des opposants à Hitler en Allemagne et les alliés. Il espère que l’Allemagne elle-même parviendra à triompher du régime nazi, se refusant à prêcher une croisade contre le nazisme. (S.201). Comme il ne prêchera pas davantage une croisade contre le bolchevisme. Le pape « se veut et est le Père de tous ».

Pie XII fait beaucoup d’efforts pour se contenir. Tout en annotant un jour une note de Montini d’un « nous devrions dire des paroles de feu contre des choses pareilles », il sait qu’il doit parler comme vicaire du Prince de la paix.

Le 27 octobre 1939 paraît Summi Pontificatus, sa première encyclique, où il condamne le nationalisme, le totalitarisme, le racisme, l’antisémitisme, l’idolâtrie de l’État, etc. L’accueil est glacial en Allemagne et en Italie.

Le 11 mai 1940, l’Osservatore Romano publie le texte du télégramme envoyé au roi des Belges, « pour déplorer l’injustice et l’iniquité » de l’agression sans pour autant mettre en cause l’Allemagne. Aussitôt l’OR est saisi pour 15 jours et Mussolini s’irrite, à quoi le pape répond : « Advienne que pourra ; qu’ils cherchent donc à me prendre pour m’emmener dans un camp de concentration. Chacun devra répondre de ses propres actes (...) Je revendique mon droit et ma liberté de parler. Si je me tais, c’est pour éviter le pire. » (S.97)

Tous ne sont pas de cet avis, ainsi Tisserant qui le 11 juin déplore que le Saint-Siège ne publie pas « une encyclique sur le devoir individuel d’obéir au dictamen de la conscience » (S.198).

2. 1941-1943

Pie XII écrit 124 lettres aux évêques allemands, spécialement von Preysing (18), Bertram, Faulhaber, puis Frings. Ces lettres rompaient l’isolement de l’épiscopat allemand. Le pape encourageait les évêques à parler « courageusement et clairement. » Le problème pour le clergé est de ne pas passer pour antipatriotique tout en continuant comme auparavant à être anti-national-socialiste. Le 26 juin 1941 les évêques allemands font lire dans toutes les églises une lettre condamnant la mise à mort de toute personne innocente3d.

La réticence des pasteurs catholiques envers le nazisme semble répandue ; le nonce Orsenigo note : « contrairement aux pasteurs protestants, à peu près aucun curé catholique n’avait jusqu’ici cru devoir célébrer des fonctions religieuses en action de grâces pour les nombreuses, brillantes et foudroyantes victoires de l’armée allemande, ni en suffrage pour les morts. Or, maintenant, déjà deux évêques, le cardinal Schulte, archevêque de Cologne, et Mgr X [sic] ont ordonné que dans toutes les paroisses de leurs diocèses respectifs soient célébrées une cérémonie de suffrages et une autre d’action de grâces. L’ordonnance est motivée par des considérations religieuses, sans aucune référence politique. ».

Pie XII se demande sans arrêt s’il vaut mieux parler ou se taire, comme il l’écrit souvent aux évêques allemands. Mais il a au moins une certitude : il lui faut travailler sans repos et rester à Rome malgré le danger (S.202-203.209).

Plusieurs menaces planent sur le Vatican ; certains conseillent au pape de quitter Rome. Pie XII répond : « je ne bougerai pas. Je n’ai pas eu peur à Munich en 1918, lorsque les gardes rouges m’attaquèrent et entourèrent la nonciature. Ceux qui n’ont pas vu une révolution ne peuvent pas savoir ce que c’est. » (S.212)

« Dites à tout le monde que j’avais pensé à plusieurs reprises lancer des excommunications contre le nazisme, dénoncer au monde civilisé la sauvagerie de l’extermination des Juifs. Nous avons entendu de très graves menaces de représailles, non sur notre Personne, mais sur des malheureux fils qui se trouvent sous la domination nazie. » dira le pape à un aumônier militaire de retour du front russe (S.213).

Pie XII au milieu de la fouleLors des grandes rafles de Rome, Pie XII aurait sauvé au moins la moitié des juifs de Rome en leur permettant de se cacher. Castel Gandlfo est ouvert, et le pape a ordonné que tous les couvents et monastères de la ville ouvrent leurs portes pour accueillir les Juifs. (S.261) On trouvera en 2009 ce billet de novembre 1943 dans un couvent de religieuses augustiniennes à Rome : « Le Saint Père veut sauver ses fils, y compris les juifs, et ordonne que les monastères offrent leur hospitalité à ces persécutés ». L’intervention du pape permit que sur les 8000 juifs de Rome, le nombre de ceux qui furent envoyés à Auschwitz sera de 1007. (source)

3. 1944

Grâce à l’intervention de Pie XII Rome est déclarée ville ouverte (août 1943) et est épargnée des bombardements alliés. (S.215). Le Vatican abrite tout le corps diplomatique allié.

Le palais pontifical héberge des milliers de réfugiés italiens de la zone des combats, Pie XII ayant demandé de tout ouvrir. Il charge un religieux allemand, le père Weber, de faire passer en fraude des juifs munis de passeports établis par les ambassadeurs réfugiés au Saint-Siège, notamment ceux du Brésil, du Nicaragua et de l’Équateur (S.219). Le 5 juin 1944, tout Rome vient saluer sur la place Saint-Pierre le défenseur de la ville.

Pie XII rencontre des alliésPie XII envisage les conditions de la paix, la nécessité d’une organisation internationale pour assurer la réduction des armements et la liberté des peuples. Le pape est inquiet de la situation en URSS au niveau de l’absence de liberté religieuse.

4. 1945

Les résultats de Yalta, coupant le monde en deux, sont pour le pape une immense déception.

D. Le silence de Pie XII

Une chose est claire, Pie XII a peu parlé, moins ouvertement que son prédécesseur Pie XI. Il s’est plaint lui-même de ne pouvoir parler comme il le souhaitait. Et dès la fin de la guerre, des personnalités ont regretté ne pas l’avoir entendu assez clairement (Camus, Marritain, et sans doute Roosevelt, ami de Pacelli, a dû se demander pourquoi il ne parlait pas).

Pie XII a félicité les évêques allemands qui parlaient haut et fort. Mais à Frings4 de Cologne il se dit torturé par « l’effort surhumain qu’il faut faire pour maintenir le Saint-Siège au-dessus des querelles des parties, et [par] la confusion quasi impossible à démêler entre les courants politiques et idéologiques, entre la violence et le droit, au point qu’il est extrêmement difficile de décider ce qui s’impose : réserve et silence, silence ou bien paroles énergiques. » (S.241)

À von Preysing il écrit en 1943 : « en ce qui concerne les déclaration épiscopales, nous laissons aux pasteurs en fonction sur place le soin d’apprécier si, et dans quelle mesure, le danger de représailles et de pression, ainsi que peut-être d’autres circonstances dues à la longueur et à la psychologie de la guerre, conseillent la réserve — malgré les raisons qu’il y aurait à intervenir — afin d’éviter des maux plus grands. C’est un des motifs pour lesquels, nous-mêmes, nous nous imposons des limites dans nos déclarations. » (S.260)

Il est clair que son silence ne visait pas à le protéger lui-même ; il n’avait aucune peur de la déportation ni de la mort ; il l’avait d’ailleurs prévue, ainsi qu’un mécanisme de démission automatique s’il était déporté par les Allemands. Le pape n’avait pas peur, mais il cherchait le meilleur, et le meilleur pour lui ne passait pas par une parole tonitruante.

Dès 1939, le cardinal Sapieha, archevêque de Cracovie, avait, lors de l’exécution par les Allemands de 214 prêtres polonais, supplié le pape de cesser de protester, car cela ne faisait qu’aggraver la situation.(S.265)

Il me semble qu’en agissant comme il l’a fait, Pie XII a mis en pratique les principes de la non-violence active, qui consistent notamment à ne pas diaboliser l’ennemi mais à poursuivre un dialogue avec lui. Par ce dialogue avec des personnes ayant un certain pouvoir, en s’imposant un certain silence public tout en dénonçant quand-même (voir le message de Noël 1942), le pape a réussi à œuvrer efficacement pour sauver des Juifs alors qu’il n’avait pour arme que la parole. S’il s’était fait partisan comme on le réclame de lui, il aurait perdu tout moyen d’action réelle et aurait dû, comme l’ont fait les alliés, attendre la victoire militaire pour sauver des Juifs.

On peut aussi se demander si Pie XII, par son attitude, ne protège-t-il pas ses confrères allemands de l’extermination par les nazis, leur permettant de continuer à agir ? En tous cas la position de l’Église catholique en Allemagne est loin d’être simple. Il y a loin d’y avoir une coalition chrétienne contre le racisme. Le superintendant général Otto Dibelius par exemple, bien qu’écarté de la direction de l’Église protestante par le régime, professera un antisémitisme plutôt franc : « Je me suis toujours considéré comme antisémite. On ne peut nier que les Juifs aient joué un rôle de premier plan dans tous les symptômes de désintégration de la civilisation moderne. »5.

Notons encore que pour Pie XII il ne s’agit pas seulement de protéger les catholiques du Reich, mais tout autant d’alléger le sort des Juifs. Par exemple, dans le Reich, certaines lois protègent encore un peu les Juifs mariés à des aryens ou baptisés (lois de Nuremberg, 1935 ; 300.000 personnes d’origine juive seront exemptes de mesures antisémites jusqu’en 1943) (S.254) Par exemple aussi, la moitié des 800.000 Juifs de Roumanie pourra être sauvée par un patient travail diplomatique dès 1941, alors même que le général Antonesco s’est allié à Hitler.

En se retenant de protestations publiques, en en faisant simplement peser la menace sur l’autorité allemande, Pie XII réussit à sauver des juifs déportés de Rome par les SS (S.263s), ainsi que de Hongrie en 1944, et de Slovaquie (« pendant 2 ans l’autorité de Mgr le nonce nous a sauvés » déclarera plus tard le grand rabbin Safram.)

Enfin, Pie XII n’a pas été aussi silencieux qu’on veut le faire croire. Dans son discours de Noël 1942, Pie XII fait le vœux que tous les cœurs droits et magnanimes s’unissent sans repos pour toutes les victimes, notamment « des centaines de milliers de personnes qui, sans aucune faute de leur part, par le seul fait de leur nation ou de leur race, ont été vouées à la mort par une progressive extinction. » Plus tard il dira de cette allusion à von Preysing : « c’était court, mais cela a été bien compris » (S.258). En cela le film « Amen », qui cache sciemment ce passage, est proprement scandaleux.

On peut aussi se demander pourquoi les gouvernements américains, anglais, n’ont pas davantage parlé, averti les familles juives de se soustraire aux camps de travail, etc. C’est de la fabulation que d’imaginer que d’autres paroles supplémentaires de Pie XII auraient fondamentalement changé les choses. Ou que la parole de Pie XII avait davantage accès que celle du président des États-Unis auprès des malheureux Juifs d’Occident qui se laissaient emmener vers l’Est sans soupçonner leur sort.

Certains reprochent encore à Pie XII d’avoir plutôt parlé d’idéologie basée sur la « race » que d’antisémitisme. En faisant cela, le pape tenait compte de la réalité, puisque les nazis tenaient pour rien tous les « non-aryens » et pas seulement les Juifs, et que leur slogan était la pureté de la race.

Dès le 7 mars 1963, quinze jours après la parution de la pièce de Hochhuth, l’épiscopat allemand déclare : « Si la voix de Pie XII n’a pas trouvé l’audience des responsables, la faute ne saurait en retomber sur lui. » Dans sa lettre à propos de la pièce d’Hochhuth, le cardinal Montini, très proche collaborateur de Pie XII durant toute cette période, écrit : « Une attitude de condamnation et de protestation comme celle qu’il reproche au pape de n’avoir pas adoptée, eût été non seulement inutile, mais encore nuisible... Si, par hypothèse, Pie XII avait fait ce que Hochhuth lui reproche de n’avoir pas fait, il en serait résulté de telles représailles et de telles ruines que, une fois la guerre finie, le même Hochhuth aurait pu, avec une plus grande objectivité historique, politique et morale, écrire un autre drame beaucoup plus réaliste... » (Serrou, 150)

En janvier 2005, une opération médiatique faite de demi-vérités est lancée en Italie à propos de la prudence dans la restitution d’enfants juifs cachés dans des familles chrétiennes ou des institutions religieuses. Le prof. Andrea Riccardi évoque « une opération aux traits obscurs ». « Peut-être conviendrait-il de s’interroger sur ce caractère de l’obsession anti-pacellienne qui risque de confondre les contours de l’histoire et la criminalisation de ce pape, alors que les vraies responsabilités de la Shoah s’estompent (...). En effet, il est une utilisation de Pie XII qui va au-delà de l’histoire. Ou l’on fait de lui la figure symbolique d’un ancien régime à abattre rituellement ou l’on fait de lui un bouc émissaire derrière lequel cacher la mesure de l’insensibilité vis-à-vis des Juifs même de la part des institutions et des gouvernements rangés contre nazisme et fascismes ». (Avvenire, 4 janvier 2005)

E. Des faits illustrant l’action et le courage de Pie XII

Sources : le livre de Serrou déjà cité, Arnold Lagémi, terre d'Israël, le blog Pie XII.

1. Pendant la guerre

  • Le 6 mars 1939, 4 jours après son élection Pie XII fait diffuser par le Saint Office une mise en garde contre la politique antisémite de Mussolini.
  • La première encyclique de Pie XII Summi Pontificatus (20 octobre 1939) dénonce toute forme de racisme.
  • Le New York Times, édition du 10 janvier 1940, signale qu’en Janvier 40, malgré les protestations du gouvernement fasciste de Mussolini, le Vatican nomme deux Juifs à l’Académie des Sciences du Vatican.
  • Le Canossa de Hitler. Tel est le titre à la une du New York Times du 15 mars 1940. Joachim Von Ribbentrop, Secrétaire Allemand aux Affaires Etrangères est venu au Vatican le 11 mars pour une visite officielle. Le journal rapporte qu’à cette occasion, le pape prit la défense des Juifs en Allemagne et en Pologne et tint au ministre allemand « des propos incendiaire ». Von Ribbentrop quitta l’audience, très abattu. Il fut même pris d’un malaise (S.194).
  • New York Times 31 mars 1940 : Louis Finkelstein, Directeur/Doyen du Séminaire Américain de théologie hébraïque écrit une lettre au rédacteur en chef du New York Times. Son intention est d’attirer l’attention des lecteurs sur leur intégration à une époque « où l’hostilité à toutes les formes de religion, qui caractérise le totalitarisme moderne, nous mène à conclure que la préservation de la liberté est liée à la préservation de la religion. Et actuellement, ce sont les Églises chrétiennes qui manifestent la plus vive résistance au III° Reich. Excepté Pie XI et son successeur Pie XII, aucune autre institution n’a osé adresser de si vive remontrance au régime nazi »
  • Le New York Times du 25 décembre 1940 : « Si le pape dans son discours de Noël, a eu l’intention de condamner le régime hitlérien, il n’aurait pas pu le faire plus clairement qu’il ne l’a fait en dénonçant l’Ordre Nouveau qui prétend imposer sa loi à toute la société. »
  • En 42, Pie XII fit savoir au Maréchal Pétain, par l’intermédiaire du nonce à Vichy, Mgr Valério Valeri qu’il désapprouvait l’attitude du Gouvernement français à l’égard des Juifs et les lois françaises sur la question raciale. Tandis que Laval veut faire relever Mgr Saliège, archevêque de Toulouse, pour ses prises de position en faveur des Juifs, Pie XII le créera cardinal en 1946.
  • En mars 42, le chargé Slovaque au Vatican déclare que le gouvernement Slovaque prépare la déportation de 80.000 Juifs de Pologne. Le Vatican proteste contre ses mesures prises du seul fait de la race. Le Grand Rabbin Isaac Herzog demande l’intercession du pape en faveur des Juifs lithuaniens. Que s’est-il passé ensuite ? Ce n’est pas connu, mais il suffit de voir plus loin sa lettre de reconnaissance au pape en mars 1946.
  • Le 25 décembre 1942 Le New York Times écrivait dans son éditorial : « La voix de Pie XII est bien la seule qu’on entend dans l’obscurité qui enveloppe l’Europe en ce Noël. »
  • Le 2 juin 1943, devant le collège des cardinaux, Pie XII déclare : « Toute parole de notre part à l’autorité doit être sérieusement pesée dans l’intérêt même des victimes. »
  • Le 26 juin 1943 Radio Vatican déclare : « Quiconque établit une distinction entre Juifs et autres hommes doit être considéré comme un infidèle. »
  • Septembre 1943 : suite à l’invasion de l’Italie du Nord par l’Allemagne : 477 Juifs trouveront refuge au Vatican, et plus de 4000 à Castel Gandolfo et dans les monastères et couvents des environs.
  • En décembre 1943, le Vatican proteste contre la décision du gouvernement Italien d’interner tous les Juifs, même les convertis au catholicisme ou les descendants de Juifs.
  • New York Times, 4 février 1944 : « De tous les pamphlets incendiaires fabriqués à Moscou et lancés avec désinvolture et imprudence au sein de l’unité des nations Alliées, aucun n’est susceptible de faire autant de mal que cette attaque injuste voulant faire croire que le Vatican est pro nazi. »
  • En Juillet 1944, Pie XII alerté des déportations de Juifs de Hongrie adresse un message à l’amiral Horty, régent de Hongrie. Le Congrès Juif Mondial remercie le pape : « les nouvelles confirment que la déportation a cessé et ladite communauté reconnaît que tout cela se doit au Saint-Père. » (S.264) Mais Horty est arrêté par les Allemands. Les Croix fléchées arrivent au pouvoir. Le pape adresse encore un appel aux autorités religieuses de Budapest pour intervenir en faveur des Juifs de Hongrie : « ce n’est pas désespéré parce que nous pouvons toujours compter sur les forces du Christianisme et de l’humanité en Europe pour résister à la fureur nazie. »

2. Témoignages au sortir de la guerre

  • « Toute action de propagande inspirée par l’Église catholique contre Hitler aurait été un suicide ou aurait porté à l’exécution de beaucoup plus de Juifs et de catholiques » (Procureur Kempner, représentant des Etats Unis au procès de Nuremberg.) Cité par David Dallin « Le mythe du pape d’Hitler » Tempora 2007.
  • 13 février 1945, Israële Zolli (1881-1956), Grand Rabbin de Rome, se converti au catholicisme et prend pour nom de baptême Eugène, en hommage à Eugène Pacelli, alias Pie XII.
    Myriam, la fille du rabbin Zolli, écrit : « Pacelli et mon père étaient des figures tragiques dans un monde où toute référence morale avait disparu. Le gouffre du mal s’était ouvert, mais personne ne le croyait, et les grands de ce monde Roosevelt, Staline, de Gaulle étaient silencieux. Pie XII avait compris que Hitler n’honorerait de pactes avec personne, que sa folie pouvait se diriger dans la direction des catholiques allemands ou du bombardement de Rome, et il agit en connaissance de cause. Le pape était comme quelqu’un contraint à agir seul parmi les fous d’un hôpital psychiatrique. Il a fait ce qu’il pouvait. Il faut comprendre son silence dans le cadre d’un tel contexte, non comme une lâcheté, mais comme un acte de prudence. »
  • Marcus Melchior, Grand Rabbin du Danemark, rescapé de la Shoah, déclare : « Si le pape avait parlé, Hitler aurait massacré beaucoup plus que six millions de Juifs et peut être 10 millions de catholiques. » (cité par David Dallin, le mythe du pape d’Hitler, Tempora 2007)
  • « Je rends grâce au souverain pontife, aux religieux et aux religieuses qui n’ont vu dans les persécutés que des frères selon les indications du Saint Père, et qui ont offert avec élan et abnégation leur action intelligente et efficace pour nous secourir, insouciants des énormes dangers auxquels ils s’exposaient. » (Giuseppe Nathan, commissaire de l’Union des Communautés Israélites, 7 septembre 1945) (L’ Osservatore Romano, 8/9/1945)
  • Le 21 Septembre 1945, Pie XII reçoit le Docteur Léo Kubowitski, secrétaire du Congrès Juif Mondial, qui lui présente ses remerciements les plus sincères « pour l’œuvre effectuée par l’Église catholique dans toute l’Europe en défense du peuple juif ». (L’ Osservatore Romano, 23-9-1945).
  • Pie XII à la machine à écrireEn Octobre 1945, le Congrès Juif Mondial offre 20.000 dollars au Vatican, en reconnaissance des efforts de l’Église Catholique dans le sauvetage des Juifs persécutés par le nazisme et le fascisme. (New York Times, 11 Octobre 1945)
  • 29 novembre 1945. Le pape reçoit 80 délégués des réfugiés juifs, provenant de camps de concentration allemands, « très honorés de pouvoir remercier personnellement le Saint-Père, pour la générosité qu’il leur a démontrée pendant la terrible période nazie ».
  • lettre à Pie XII d’Issac Herzog (Grand Rabbin de Jérusalem et père de l’ancien Président de l’Etat d’Israël), mars 1946 : « Le peuple juif se souviendra vivement avec la plus profonde gratitude de l’aide apportée par le Saint Siège au peuple souffrant durant la persécution nazie. Sa Sainteté a agi pour éradiquer l’antisémitisme dans de nombreux pays. Que D… permette que l’histoire se souvienne que lorsque tout était noir pour notre peuple, Votre Sainteté a allumé pour lui une lumière d’espérance. »
  • Léon Poliakov, dans Bréviaire de la Haine (calman Lévy 1951) : « Face à la terreur hitlérienne, les Églises déployèrent sur le plan de l’action humanitaire une action inlassable et inoubliable avec l’approbation ou sous l’impulsion du Vatican. »
  • 26 mai 1955. L’Orchestre philharmonique d’Israël sous la direction de Paul Kletzki se rend à Rome jouer devant le pape en témoignage de gratitude pour l’attitude du pontife pendant la Shoah, « en reconnaissance de l’œuvre humanitaire grandiose accomplie par le Pape pour sauver un grand nombre de juifs pendant la seconde guerre mondiale ».

3. Hommages après son décès

  • 9 Octobre 1958. A la mort de Pie XII, le Premier Ministre Israélien Golda Meir déclare : « Nous partageons la peine de l’humanité en apprenant le décès de Sa Sainteté le pape Pie XII. A une époque troublée par les guerres et les discordes, il a maintenu les idéaux les plus élevés de paix et de compassion. Lorsque le martyre le plus effrayant a frappé notre peuple, durant les dix ans de terreur nazie, la voix du pape s’éleva en faveur des victimes. La vie de notre époque fut enrichie par une voix qui proclamait, au-dessus du tumulte du conflit quotidien, les vérités morales fondamentales. Nous pleurons un grand serviteur de la paix. »
  • Dr Elie Toaff, Grand Rabbin de Rome : « Les Juifs se souviendront toujours de ce que l’Église Catholique a fait pour eux sur l’ordre du pape au moment des persécutions raciales. Quand la guerre mondiale faisait rage, Pie XII s’est prononcé souvent pour condamner la fausse théorie des races. De nombreux prêtres ont été emprisonnés et ont sacrifié leur vie pour aider les Juifs. » (Le Monde, 10 Octobre 1958)
  • « C’était un grand homme et un homme bon et je l’aimais. » (Maréchal Montgomery, Sunday Times)

4. Autres avis plus récents

  • Le 13 décembre 1963 le journal « le Monde » publie une déclaration de Pinhas Lapide, consul d’Israël à Milan du vivant de Pie XII : « Pourquoi cet acharnement envers Pie XII ? Je peux affirmer que le pape, le Saint-Siège, les nonces et toute l’Église catholique ont sauvé de 150.000 à 400.00 juifs d’une mort certaine... L’église catholique sauva davantage de vies juives pendant la guerre que toutes les autres églises, institutions religieuses et organisations de sauvetage réunis » Le même publiera en 1967 Rome et les Juifs (Le Seuil), où il écrira : « Après enquêtes approfondies, c’est 860.000 Juifs que Pie XII a sauvés. »
  • 1963 La pièce de théâtre Le Vicaire de Rolph Hochhuth, qui critique le comportement du pape pendant la guerre, est interdite en Israël.
  • Harold Tittman, délégué des États-Unis au Vatican, déclarera dans ses mémoires publiées en 2004 par son fils : « Je ne peux m’empêcher de penser qu’en évitant de parler, le Saint Père a fait le bon choix ; il a ainsi sauvé bien des vies. »
  • « La véritable raison du silence de Pie XII durant la guerre n’était pas la crainte d’être déporté dans un camp de concentration mais celle d’aggraver le cas de ceux qui s’y trouvaient déjà. » (Edith Mutz, article « Les Juifs et le Vatican sous Pie XII » Bulletin N° 2 des élèves de l’Athénée Israélite de Bruxelles)
  • 1975. Le Dr Safran, Grand Rabbin de Roumanie, a estimé à 400.000, les juifs de Roumanie sauvés de la déportation par l’œuvre de St-Raphaël organisée par Pie XII. « La médiation du Pape sauva les juifs du désastre, à l’heure où la déportation des Roumains était décidée » (Pie XII face aux nazis, Charles Klein - S.O.S. 1975). « grâce aux instructions de Pie XII, les 400 000 juifs de Roumanie furent sauvés de la déportation. » (La Documentation catholique du 16 /10/1964)
  • 16 Février 2001. Le grand rabbin de New York, David Dalin, déclare que Pie XII était injustement attaqué alors qu’il peut être considéré comme “un juste”, aux yeux des Juifs. « Il fut un grand ami des Juifs et mérite d’être proclamé “Juste parmi les Nations” parce qu’il a sauvé beaucoup de mes coreligionnaires, bien plus même que Schindler... Selon certaines statistiques, au moins 800.000 ». Il rend hommage à l’écrivain Antonio Gaspari pour son ouvrage Les juifs sauvés par Pie XII et rappelle qu’« au cours des mois où Rome a été occupée par les nazis, Pie XII a donné pour instruction au clergé de sauver des juifs par tous les moyens ». Lorsqu’on a remis au cardinal Palazzini la médaille des “justes” pour avoir sauvé des juifs, il affirmait : « le mérite en revient entièrement à Pie XII ». Le Grand Rabbin Dalin conclut : « Jamais un pape n’a été autant félicité par les Juifs. Immédiatement après la Seconde Guerre Mondiale et durant les années qui ont suivi, des centaines de manifestations d’estime envers Pie XII ont été apportées à son égard de la part des plus hautes autorités d’Israël depuis Mme Golda Meir et le Grand Rabbin de Jérusalem, jusqu’au Grand Rabbin de Rome, Elio Toaff » (Interview au Weekly Standard).
  • 13 Octobre 2008 : Plusieurs Juifs italiens témoignent devant les caméras avoir été sauvés par des membres de l’Église, avec le soutien de Pie XII, lors des persécutions nazies. Parmi eux, Emanuele Pacifici, le fils de Riccardo Pacifici, rabbin de Gênes durant la guerre

F. Un pape plus moderne qu’on ne le pense

Tandis que pour beaucoup Pie XII représente l’Église du passé — pour la honnir ou pour la regretter — il serait intéressant de regarder comment le pape a en son temps préparé l’Église de l’avenir. La tentation est grande de mettre face à face l’Église de Pie XII et l’Église de Vatican II, et pourtant l’enseignement de ce grand pape a préparé le Concile au point qu’il est l’auteur le plus cité des documents votés par les pères conciliaires (sans compter l’Écriture, bien sûr).

Sans vouloir faire l’histoire doctrinale de ce pontificat, sans vouloir discuter de la portée de décisions controversées, j’épingle quelques faits qui m’ont frappés.

le sourire de Pie XII

  • Pie XII prend à bras le corps le problème de l’interprétation de l’Écriture, laissé en friche par son prédécesseur. Il publie en pleine guerre l’encyclique Divino afflante Spiritu (1943) pour réduire la fracture entre les tenants d’une exégèse purement historico-critique et ceux d’une interprétation seulement mystique des textes, pour plaider une réconciliation entre l’interprétation de la Bible par les pères et celle que l’on fait aujourd’hui. Il promeut une étude de l’Écriture accueillante des recherches scientifiques :
« L'exégète doit donc s'efforcer, avec le plus grand soin, sans rien négliger des lumières fournies par les recherches récentes, de discerner quel fut le caractère particulier de l'écrivain sacré et ses conditions de vie, l'époque à laquelle il a vécu, les sources écrites ou orales qu'il a employées, enfin sa manière d'écrire. Ainsi pourra-t-il bien mieux connaître qui a été l'hagiographe et ce qu'il a voulu exprimer en écrivant. (...) Il faut absolument que l'exégète remonte en quelque sorte par la pensée jusqu'à ces siècles reculés de l'Orient, afin que, s'aidant des ressources de l'histoire, de l'archéologie, de l'ethnologie et des autres sciences, il discerne et reconnaisse quels genres littéraires les auteurs de cet âge antique ont voulu employer et ont réellement employés. » (34-35)
  • Au niveau de la liturgie, Pie XII publie en 1941 l’encyclique « Mediator Dei » qui encourage la réforme de la liturgie, « culte intégral du corps mystique de Jésus-Christ, c’est-à-dire du chef et de ses membres, exercice de la fonction sacerdotale de l’Église ». Plus tard le pape introduira la langue locale dans certaines parties de la liturgie (1947, notamment pour le chinois) et restaurera la veillée pascale (1951) et la semaine sainte (1955).
  • Pie XII s’intéressera personnellement aux découvertes scientifiques. Il aura à cœur de chercher comment les vérités de foi et les théories scientifiques peuvent s’accorder. Parfois les scientifiques en ressentiront un coup de frein malencontreux, comme avec l’affaire du monogénisme. Mais ici aussi il faut saluer la prudence du pape, qui ne ferme pas complétement la porte au polygénisme, disant dans une tournure calculée : « le magistère de l’Église n’interdit pas que la doctrine de l’évolution (...) soit l’objet, dans l’état actuel des sciences et de la théologie, d’enquêtes et de débats entre les savants de l’un et de l’autre partis (...) Mais quand il s’agit d’une autre vue conjecturale qu’on appelle le polygénisme, les fils de l’Église ne jouissent plus du tout de la même liberté. Les fidèles en effet ne peuvent pas adopter une théorie dont les tenants affirment ou bien qu’après Adam il y a eu sur la terre de véritables hommes qui ne descendaient pas de lui comme du premier père commun par génération naturelle, ou bien qu’Adam désigne tout l’ensemble des innombrables premiers pères. En effet on ne voit absolument pas comment pareille affirmation peut s’accorder avec ce que les sources de la vérité révélée et les Actes du magistère de l’Église enseignent sur le péché originel, lequel procède d’un péché réellement commis par une seule personne Adam et, transmis à tous par génération, se trouve en chacun comme sien. » Pie XII se trouve notamment confronté aux données du Concile de Trente, qui avait dans sa cinquième session en 1546 évoqué « le péché d’Adam, estant transmis à tous par la génération, et non par imitation ». Il faut apprécier la prudence du texte du pape, le « on ne voit absolument pas comment », qui laisse une ouverture pour le jour où on “verra comment”. Au lendemain de la parution de l’encyclique, le père A. Béa écrivait : « La question de savoir s’il pourrait y avoir des formes de polygénisme compatibles avec la doctrine certaine de l’Église reste ouverte » [Scholastik 26, (1951), p. 54.]. »
  • C’est parfois avec un cœur d’enfant qu’il imaginait les avancées de la science, comme lorsqu’avant même le lancement du premier spoutnik il déclare en 1956 : « Jusqu’à présent, l’homme se sentait pour ainsi dire enfermé sur la Terre ; il devait se contenter des indications fragmentaires qui lui parvenaient de l’Univers. Il semble maintenant que la possibilité s’offre à lui de briser cette barrière et d’accéder à de nouvelles vérités et de nouvelles connaissances que Dieu a déposées à profusion dans le monde. » (source)
  • Aux religieuses réunies à Rome en 1951 il recommande la modernisation de la règle, et d’être cultivées : « Vous voulez servir la cause de Jésus-Christ et de son Église selon les besoins du monde actuel. Il ne serait, par conséquent, pas raisonnable de persister dans les usages et dans les formes qui empêchent ce service, ou peut-être même le rendent impossible. Les Sœurs enseignantes et éducatrices doivent être si bien préparées à leur tâche, elles doivent être si bien versées dans tout ce qui touche et influence la jeunesse, que les élèves ne tardent pas à s’écrier : « Nous pouvons aller trouver la Sœur avec nos problèmes et nos difficultés ; elle nous comprend et nous aide. » Et aux supérieures il déclare : « Ceci suppose que vos religieuses enseignantes connaissent et possèdent parfaitement leur matière. Pourvoyez donc à leur procurer une bonne formation, qui réponde également aux qualités et aux titres requis par l’État. Donnez-leur largement tout ce dont elles ont besoin, spécialement en ce qui concerne les livres, afin qu’elles puissent suivre plus tard les progrès de la science et offrir ainsi à la jeunesse une riche et solide moisson de connaissances. C’est conforme à la conception catholique, qui accueille avec gratitude tout ce qui est naturellement vrai, beau et bon, parce que c’est l’image de la vérité, de la bonté et de la beauté divines. » (source)
  • En matière médicale, Pie XII estime qu’il n’y a aucune obligation pour la mère de refuser ce qui atténuerait les douleurs de l’enfantement, et il admet de même l’utilisation de sédatifs en fin de vie pour remédier à la douleur. Car, bien que la souffrance acceptée dans l’amour joue un rôle salvifique certain, et le témoignage de tant de martyrs et de chrétiens en fait foi, « l’homme conserve, même après la chute, le droit de dominer les forces de la nature, de les utiliser à son service, et donc de mettre à profit toutes les ressources qu’elle lui offre pour éviter ou supprimer la douleur physique. » (source, Documents pontificaux 1956, 20ss) « il ne serait pas conforme à la prudence de vouloir faire d’une attitude héroïque une règle générale. » ( Discours du 24 fév.1957)

L’association “Pave the way” amasse une documentation considérable sur Pie XII et son action. Vous pouvez trouver sur leur site des vidéos, des documents originaux et des témoignages.

J'espère qu’un jour la vérité l’emportera sur toutes les insinuations. En tous cas, le jour de la béatification de Pie XII, je ferai tout mon possible pour y être.

Pour les passionnés, j’ai recopié cet article du web.


1 ↑Je tire beaucoup d’informations du livre de Robert Serrou, Pie XII, le dossier, éd. du Rocher, Monaco, 2010. Ces références seront marquées S.

2 ↑Niemöller était une personnalité complexe, capable à la fois de réunir la “ligue d'urgence des pasteurs” contre les décisions du régime nazi et de déclarer en 1935, lors de l’édiction des lois de Nuremberg contre les Juifs : « les Juifs ont causé la crucifixion du Christ de Dieu... Ils portent la malédiction, et parce qu’ils ont rejeté le pardon ils traînent avec eux comme un fardeau redoutable la faute criminelle impardonnée de leurs pères. » (cité dans Richard Steigmann-Gall, The Holy Reich: Nazi conceptions of Christianity, 1919-1945, p.185) Il

3 ↑Molotov, commissaire aux affaires étrangères soviétiques, ne déclarera-t-il pas au comité exécutif de la III° Internationale : « La révolution mondiale courrait le plus grand danger si le catholicisme et le fascisme venaient à se réconcilier. Il faut tout faire pour susciter un conflit entre ces deux pouvoirs en Allemagne. » (Serrou 129)

3b ↑Dachau sera le camp de concentration dédié au clergé des différentes confessions chrétiennes. On y trouvera 2579 prêtres catholiques (dont 1780 Polonais et 447 Allemands), 109 pasteurs protestants, 22 prêtres grecs orthodoxes et 2 musulmans. 1034 prêtres y mourront, dont 868 Polonais et 94 Allemands. De nombreux prêtres polonais mourront aussi à Auschwitz et dans d’autres camps, au point qu’on estime à plus de 2000 prêtres et évêques les victimes polonaises du nazisme parmi le clergé, près de 20% du clergé polonais. (Dr. Johannes Neuhäusler)

3c ↑Le problème était réel, mais servit de prétexte. Le 2 juin 1936 Mgr von Galen avait exprimé sa douleur et sa tristesse pour “ces crimes abominables qui couvrent l’Église catholique d’ignominie”. Le régime profitera de cela pour interdire l’enseignement aux ordres religieux. En 1937, après la publication de l’encyclique anti-nazie, 279 religieux et 49 prêtres diocésains furent arrêtés, mais seulement 21 condamnations furent prononcées, faute de preuves. Tandis que Goebels clamait : “Des cas d’abus sexuels viennent au jour quotidiennement contre un grand nombre de membres du clergé catholique. Malheureusement, il ne s’agit pas de cas individuels, mais d’une crise morale collective que l’humanité n’a peut-être jamais connu dans son histoire avec une acuité aussi effrayante et déconcertante. De nombreux prêtres et religieux ont avoué. Il n’y a pas de doute que les milliers de cas qui sont parvenus à l’attention de la justice représentent seulement une petite fraction du total réel, puisque beaucoup d’abus ont été couverts et cachés par la hiérarchie.” (source)

3d ↑« Il est vrai que, dans l’éthique catholique, il y ait certains commandements positifs qui n’obligent plus si leur observance provoquait des difficultés excessivement grandes ; mais il y a également des engagements sacrés dont en conscience personne ne peut nous libérer, que nous devons accomplir même s’il nous en coûte notre vie. Jamais, en aucune circonstance, un homme ne peut , sauf en cas de guerre ou de légitime défense, mettre à mort une personne innocente. » (source, qui donne également un aperçu de la carrure de Mgr von Galen, le “lion de Münster”.)
On trouvera quelques lettres de Mgr von Galen à Pie XII sur “30 jours” et de Pie XII à Mgr von Galen sur “libertépolitique”.

4 ↑Joseph Frings est une figure exceptionnelle de l’épiscopat allemand. Alors que personne ne s’y attendait, il fut nommé le 1er mai 1942 archevêque de Cologne, diocèse qu’il administra jusqu’en 1969. Sa consécration épiscopale eut lieu dans la cathédrale de Cologne le 21 juin 1942 et lui fut donnée par le nonce apostolique en Allemagne, l’archevêque Cesare Orsenigo. Le régime national-socialiste avait interdit à la presse allemande d’en faire état ; mais les catholiques de Cologne s’arrangèrent pour en parler dans des petites annonces privées. Aussi la presse internationale fut-elle représentée à la cérémonie, si bien que hors d’Allemagne, les gens furent ainsi informés dans de nombreux endroits. La persécution contre les juifs fut qualifiée publiquement par Frings d’« injustice qui criait vengeance au Ciel », mais sa popularité le préserva des représailles. Bien sûr, la Gestapo ne cessait d’observer tous ses faits et gestes en se servant d’informateurs, dont certains appartenaient à l’Église.

5 ↑Message de Pâques 1928 au clergé allemand, cité notamment dans Richard L. Rubenstein,John K. Roth, Approaches to Auschwitz: the Holocaust and its legacy, 2003, p.255

Quelques vidéos