Être envoyé aujourd’hui

homélie du 5e dimanche C, 7 février 2016

À partir de l’histoire Basilique Saint-Paul-hors-les-murs, Rome, détail de la coupole d’Isaïe, de ce fameux « qui sera notre messager ? », je me dis que Dieu a un vrai problème : le problème de se communiquer, de se faire connaître, de dire son amour. Comment, lorsqu’on est invisible, et lorsqu’on ne veut pas s’imposer aux hommes, leur faire connaître sa volonté et son amour ? C’est le problème de la Révélation. Pour se révéler, Dieu a imaginé de tisser une histoire commune avec l’humanité. C’est l’Histoire Sainte, que vous trouvez racontée dans la Bible, dans les Saintes Écritures. Si on se demande : la Bible dit-elle vrai ? Il faut demander : qu’est-ce que la Bible me dit de Dieu, à partir de l’histoire qu’il a vécue avec les hommes ? Nous comprendrons alors que dans la Bible tout ne parle pas de Dieu de la même façon, avec la même clarté. Car Dieu n’a pas toujours eu des interlocuteurs très performants lorsqu’il a vécu avec eux une histoire. C’est pourquoi un jour il viendra lui-même, il enverra son Fils, image du Dieu invisible (Col 1,15).

L’Écriture raconte donc l’histoire de Dieu avec son peuple. Elle n’est pas un livre envoyé du ciel, elle n’est pas une dictée de Dieu aux hommes. Elle est l’œuvre d’auteurs inspirés par le Saint-Esprit au milieu de leur vie quotidienne et de leur culture. Ce sont des amis de Dieu qui, inspirés par lui, ont écrit l’histoire qu’il vivait avec eux. Et ce sont les mêmes dispositions qui doivent habiter les lecteurs. C’est à travers la fréquentation de Dieu dans la prière et dans l’Église que nous pouvons comprendre comment Dieu a parlé aux hommes dans l’histoire qu’il vivait avec eux. Celui qui étudie la Bible comme n’importe quel livre antique n’y trouvera jamais Dieu ni son amour ni son chemin. Mais celui qui accueille la Parole dans la foi et dans l’amitié avec Dieu y trouvera une grande joie et une lumière pour chaque jour.

C’est donc par une histoire partagée avec les hommes que Dieu se rend proche de l’humanité et lui donne son amour. Alors le problème se pose aujourd’hui : qui prend ce désir de Dieu à cœur ? Dieu crie encore dans le ciel : « qui enverrai-je ? Qui sera notre messager ? » (Is 6,8). Il voudrait encore des gens à qui il peut dire comme aux apôtres : je ferai de toi un pêcheur d’homme ! Ou comme à sœur Faustine au début du XXe siècle : écris tout ce que je te dirai au sujet de ma miséricorde ! Des gens comme Paul qui proclameront : « le Christ est mort pour nos péchés, il a été mis au tombeau, il es ressuscité le troisième jour ; voilà ce que nous proclamons, voilà ce que vous croyez ! » (1 Co 15,3.4.11) Oui, le Seigneur a un grand besoin de messagers en notre temps. Un besoin d’autant plus grand qu’il est volontiers oublié ou mis de côté par la culture contemporaine. Cela semble si naturel aux gens d’aujourd’hui de dire : Dieu ne compte pas, même s’il existait ! Et nous voudrions répondre : ah, si tu savais comme il t’aime !

Ce n’est pas facile d’être un messager de Dieu aujourd’hui. Peut-être même que ça n’a jamais été facile, ni à l’époque où les chrétiens servaient de pâture aux lions ni à celle où une partie de l’Église avait quitté Dieu pour se vautrer dans la richesse. Ce n’est pas facile, mais cela fait partie de l’identité de tout baptisé, ce que l’on appelle la « mission prophétique » des baptisés. Ne soyons en tout cas pas étonnés de devoir être des envoyés. Dieu se fait connaître en habitant des cœurs d’homme et de femme et en faisant signe à d’autre de l’intérieur de ces cœurs. Alors, Seigneur, visite-nous et envoie-nous !