Amis de Celui qui donne la vie

homélie du 2e dimanche de carême A, 12 mars 2017

Il y a matin de mars en nous une aspiration profonde à la vie. Elle nous a fait traverser toutes les étapes de notre développement avant la naissance, elle nous a fait pousser notre premier cri, décocher notre premier sourire, surmonter toutes les difficultés de l’apprentissage et des relations jusqu’à faire de nous une femme, un homme capable d’aimer.

Dans quoi allons-nous investir toute cette force de vie ? Il y a moyen de l’engloutir dans toute sorte de choses futiles, ou de l’investir dans des choses grandes, bonnes et belles, comme une famille, une consécration et d’autres formes de don de soi. Et au bout, où tout cela va-t-il ? Notre vie est-elle quelque chose d’éphémère dont nous devons tirer le meilleur parti possible, ou est-elle une trajectoire vers autre chose ? Beaucoup de nos contemporains espèrent que cela ne va pas s’arrêter comme ça ; ils se disent : pourvu qu’il y ait quelque chose après la mort. Pourvu que… Mais quoi ? C’est un espoir incertain et lointain, qui doit ressembler à celui qui habitait le cœur des contemporains de saint Paul.

C’est pourquoi nous pouvons redécouvrir avec une oreille neuve la proclamation de l’Apôtre : « notre Sauveur, le Christ Jésus, s’est manifesté : il a détruit la mort, et il a fait resplendir la vie et l’immortalité par l’annonce de l’Évangile. » (2 Tm 1,10) Ah voilà ! Nous savons où nous allons. Notre vie est bien plus grande qu’un événement passager à gérer le mieux possible. Notre vie est appelée à autre chose, elle va grandir encore, la mort ne l’arrêtera pas. C’est le « projet de Dieu », « sa grâce », son rêve et son don, ce pour quoi il s’est battu, à mains nues, en venant faire imploser la mort depuis sa croix.

Dans ce cas, nous voudrions dire à tout notre entourage : viens mettre tes pas dans ceux de celui qui peut te conduire à la vie ! Viens découvrir la source d’un tel événement ! Car si tout cela est possible, si notre vie n’est pas vouée à sa perte, ce n’est pas par une loi de la nature, mais cela arrive par la réussite d’un homme, d’un homme humilié, rejeté, qui était aussi le Fils de Dieu.

La mort du Christ est un événement historique, attesté par plusieurs témoins non-chrétiens de l’époque. Jésus a voulu y préparer ses apôtres, du moins les plus proches d’entre eux. Il ne fallait pas qu’ils soient déroutés, qu’ils s’imaginent qu’ils s’étaient trompés en mettant leur confiance en lui pour toujours. L’Évangile d’aujourd’hui nous montre que le Christ voulait faire pressentir à quelques apôtres qu’il y avait bien plus dans sa mort que la disparition injuste d’un homme. Il organise pour eux une rencontre avec le Dieu Très-haut, qui vient attester de Jésus : « celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie ; écoutez-le ! » (Mt 17,5). Et les apôtres ne sont pas en train de dire : Jésus, Fils de Dieu, mais ce n’est pas nécessaire de prétendre tout cela, il nous suffit qu’il soit un sage aux enseignements inspirants. Au contraire, ils tombent la face contre terre, ils sont saisis de crainte, ils se rendent compte que ce qui se passe les dépasse complètement. Plus tard, cela leur permettra de comprendre que la résurrection du Christ Jésus n’est pas qu’un happy end personnel, mais qu’elle concerne toute l’humanité, car c’est le Fils de Dieu fait homme qui a réalisé cela, pour nous.

Nous lisons cet évangile au début du carême car c’est le temps où les catéchumènes se préparent à recevoir bientôt le baptême. Il faut qu’ils sachent qui est le Christ, quel est l’intérêt d’être baptisé dans sa mort et sa résurrection. Si nous voulons participer à la vie nouvelle inaugurée par le Seigneur Jésus, nous pouvons la laisser grandir en nous sous forme de vie intérieure. Il y a une amitié avec le Christ qui dépose sa vie en nous. Cela se passe parce que le Christ est si grand, il est le Fils bien-aimé du Père, il est celui « par qui tout a été fait » (Credo de Nicée). Attacher notre cœur à son cœur, l’aimer et le regarder souvent produit un changement dans notre vie. Nous devenons plus vivant, plus stable, et la joie de la vie fait sa demeure en nous. Depuis notre baptême ce chemin d’intimité est possible. Et il se concrétise par quantité de mouvements intérieurs d’amour, envers le Christ et envers tous ceux qu’il nous donne de croiser. Que ce carême soit un temps où nous devenons plus vivants en accueillant le maître de la vie.