homélie du 25e dimanche C, 18 septembre 2022

reflet Nous sommes déroutés par cette parabole et ces réflexions de Jésus sur l’argent. À première vue, nous nous étions attendus à ce que le Seigneur nous invite à être bien honnêtes, à être le plus juste possible avec l’argent. Est-ce qu’il nous aurait par exemple dit qu’aller faire le plein en France en étant subsidié par les impôts payés par les Français, en tant que Belge ce n’était pas très équitable ? Peut-être… J’y pense parce que j’ai été tenté de le faire… Mais son propos est assez décalé par rapport à la question de l’équité. Un jour il avait renvoyé bredouille un homme qui venait lui demander son aide pour un juste partage d’héritage (Lc 12,13). Aujourd’hui, l’adjectif qu’il accole au mot « argent » c’est « malhonnête », ou « injuste », ou « méchant » — adikos. Et en fait, ce qui a été traduit par « argent », Jésus l’appelle « Mamon », et cela sonne comme un nom de divinité : l’argent fonctionne dans le cœur de l’homme comme une divinité à laquelle on se confie pour son avenir et pour sa vie. Alors il est toujours malhonnête, méchant, car il prend la place de Dieu et il prend la place du frère.

homélie du 24e dimanche C, 11 septembre 2022

La Chartreuse, depuis la route de Voiron En entendant la lecture de l’Exode (Ex 32), nous avons pu être choqués par cette façon de présenter un Dieu qui décrète des punitions et menace de les exécuter… personne ne voudrait d’un père pareil. Pour un peu, nous donnerions raison à Voltaire quand il dit : « si Dieu a créé l’homme a son image, nous le lui avons bien rendu. » C’est au point que certains dès l’Antiquité ont imaginé qu’il y avait 2 dieux, un dieu dur dans l’Ancien Testament et un Dieu bon dans le Nouveau. Ça ne marche pas fort, car on lit aussi dans l’AT des choses comme « Dieu de tendresse et de pitié » (dans le même livre, Ex 34,6). Donc il faut essayer de comprendre autrement, pas parce que telle ou telle phrase nous gêne mais parce que nous cherchons un visage cohérent de Dieu.

homélie du 22e dimanche C, 28 août 2022

éclipse de mars 2015 Jésus a observé l’attitude des gens qu’il côtoyait. Il a observé aussi les disciples. Lui qui est parfaitement humble, il a perçu combien l’amour propre guidait ceux qui l’entouraient, et il a prévu que cet amour propre causerait encore bien des peines et des désastres dans les communautés de ses disciples dans les siècles qui suivraient. Une belle estime de soi peut nous préserver des ravages de l’amour propre. Je dirais volontiers : « l’estime de soi, oui, l’amour propre, non ! » Pensons au psaume : « Seigneur, je te rends grâce pour la merveille que je suis » (Ps 138). Cela permet d’encaisser les blessures d’amour propre, de rester bienveillant envers ceux qui nous ont manqué de considération ou de respect.

homélie du 21e dimanche C, 21 août 2022

Seyssel Un homme vient demander à Jésus : Est-ce qu’il n’y aura que peu de gens qui seront sauvés ? Il y a 4 siècles, un courant spirituel appelé jansénisme avait répondu : oui, il y en aura peu. Sur les crucifix jansénistes, le Christ avait les bras très serrés sur le dessus de la tête, car il ne servait à rien qu’il ait les bras grand ouverts pour accueillir le peu de ceux qui seraient sauvés de la grande masse des réprouvés. De nos jours, à l’inverse, nous avons été endormis par une théologie à la Michel Polnareff, « on ira tous au paradis », une vision qui semble très positive, mais qui en réalité fait du paradis un enfer. Car de deux choses l’une. Ou bien le paradis consiste à vivre comme nous l’entendons, et alors vivre ainsi toute une éternité tournera au calvaire. Quand on peut vivre comme on veut pendant une semaine ou quinze jours, ça va, mais après commence l’ennui et le désir de fuir cette situation. Ce n’est pas pour rien que les jeunes retraités traversent une crise, alors qu’ils ont tant désiré ce moment où ils ne seraient plus contraints de rien. Quand je parle aux gens de l’éternité, beaucoup me disent craindre que ça risque d’être long. Ils ont raison : un paradis éternel où on vit comme on veut, ça sera un enfer. L’autre possibilité est que le paradis soit comme le dit la foi chrétienne : une vie d’amour, une contemplation de Dieu, l’auteur de tout bien et de toute beauté, lui qui est infiniment désirable, lui dont on ne se rassasiera jamais de goûter le visage, lui à qui l’éternité convient si bien car si on venait nous dire : « bientôt c’est fini », nous mourrions une deuxième fois d’être privés d’un si grand bien. Ce paradis a le bon contenu, mais si on est tous forcés d’y entrer, si on y va tous d’office, alors nous nous trouvons en présence d’un Dieu qui obligerait à l’aimer. Et ça, à nouveau, c’est l’enfer, car un amour obligé n’est plus de l’amour. Donc, c’est impossible de dire qu’on ira tous au paradis, et d’ailleurs on ne trouve cela nulle part dans l’Écriture.

homélie de l’Assomption 2022

Laon, vitrail de l’Apocalypse, Peut-être avez-vous frémi en vous faisant mentalement le film de la lecture de l’Apocalypse ? (Ap 12) Nous sommes frappés par la disproportion entre la fragilité de l’enfant à naître d’une femme criant dans les douleurs de l’enfantement, et la férocité du dragon qui s’apprête à le dévorer. S’il y a là une figure de la situation de l’Église dans le monde, c’est pas gagné pour nous. L’Église veut donner le Christ au monde, mais le diable inspire dans le monde des forces d’opposition qui veulent faire taire la parole de l’Évangile. Le plus souvent, il veut faire taire le témoignage rendu au Christ en réduisant l’évangile à une parole gentillette — or vous avez entendu hier que l’Évangile n’est pas gentillet (Lc 12,51). Parfois l’opposition à l’Évangile se fait en le coupant des exigences concrètes, pour être sûr que rien ne change dans notre vie, et on pourrait en venir à dire que l’Évangile est inspirant, tout en vivant pratiquement à l’opposé et en critiquant l’Église qui essaie de traduire l’Évangile dans les aspects plus concrets de nos vies, nos choix économiques, nos choix d’accueil ou de rejet de la vie, les décisions de notre cœur, etc. C’est souvent comme ça que le dragon rouge feu essaie de dévorer l’enfant qui va naître de la femme qui a le soleil pour manteau. Plus rarement, il choisit la persécution ouverte, et des chrétiens sont tués à cause de leur foi, mais ça le gêne car alors il se dévoile clairement ; il fait beaucoup de mal, mais cela indigne les hommes de bonne volonté. Sa dernière tactique, c’est de pourrir l’Église de l’intérieur, et malheureusement ça marche aussi et des hommes d’Église ont eux-mêmes englouti la lumière de l’Évangile qu’ils étaient censés porter.

homélie du 14 août 2022, 20e dimanche C

Quito, couvent San Francisco Quel contentement nous pouvons avoir d’entendre dire par Jésus que le Royaume de Dieu qu’il est venu inaugurer sur la Terre est comme un feu d’amour qu’il allume — enfin, vu les conditions météorologiques, nous préférerons penser à une pluie d’amour sur toute l’humanité —, un grand élan d’amour initié par le Seigneur dans le cœur de tous les croyants et par contagion dans le cœur de tous les hommes ! Quand beaucoup pensent au christianisme comme quelque chose d’étroit ou de dépassé, nous laissons notre Seigneur nous faire désirer ce feu d’amour que nourrit la foi chrétienne.

homélie du 16e dimanche C, 17 juillet 2022

baptême Ces jours-ci je regardais une vidéo comme on en trouve plein sur youtube, qui expliquait comment surmonter la souffrance. C’était très spirituel, mais c’était une technique mentale à appliquer tout seul sur soi. Il fallait s’entraîner à regarder sa vie ainsi et ainsi. C’était très noble, mais c’était vraiment tout seul. Or la foi chrétienne ne dit pas que nous sommes seuls dans ce vaste monde qui parfois nous inquiète car nous y souffrons. Nous ne sommes pas seuls devant les forces obscures de l’univers. Nous ne sommes pas non plus livrés à des énergies ou des entités qui sont souvent des esprits démoniaques, comme on en rencontre dans le reiki si on pratique cela un certain temps. Non, nous ne sommes pas abandonnés à tout cela, car il y a un Dieu, le Seigneur de l’Univers, et ce Dieu vient vers nous, il se soucie de nos soucis et il cherche à nous rencontrer.

homélie du 15e dimanche C, 10 juillet 2022

le viaduc de Millau depuis la Montée royale Dieu donne sa loi aux hommes pour leur permettre de réaliser leur vocation, de devenir pleinement ce qu’ils sont, de parvenir à la plénitude. Une vision erronée de l’être humain nous fait voir les commandements de Dieu comme une concurrence avec notre liberté. « Je suis libre, bien qu’il y a les commandements de Dieu », dira-t-on. Et on verra des chrétiens affirmer qu’ils prennent leurs libertés avec l’Église, et finalement avec la loi de Dieu. C’était en fait la tentation du péché originel, et Adam et Ève y ont succombé : tu serras plus libre en n’écoutant pas Dieu. Nous vivons alors dans un monde qui est miné par cette méfiance originelle : servir Dieu limite l’homme, nous enlève des occasions de nous épanouir. Et c’est ainsi qu’on jugera avec dédain le célibat imposé aux prêtres, et même la fidélité conjugale, tout comme l’obligation de participer à la messe du dimanche, l’interdit du mensonge et tant d’autres choses. L’homme pécheur dira : toute la place que je fais à Dieu, c’est autant que je n’ai plus pour moi. Et il y a bien des catholiques qui raisonnent en se disant qu’ils vont donner ceci au Seigneur afin de pouvoir le reste du temps décider de leur vie comme ils le souhaitent.

homélie du 14e dimanche C, 3 juillet 2022

fronton de St-Jean de Latran Notre cœur, qui est fait à l’image de Dieu, cherche la paix. Même un monde coupé de Dieu cherche la paix, dans le « vivre-ensemble » et dans un certain accord entre les nations. Mais c’est souvent une paix sans but, ou avec un but purement matérialiste : la paix pour pouvoir jouir sans crainte des biens de la terre et de toutes les possibilités de la société de consommation. C’est une paix qui ne conduit nulle part et qui est toujours menacée. Pire encore, c’est une paix à laquelle on sacrifie la vérité et pour laquelle on est prêt à accepter beaucoup d’injustices. On se donne bonne conscience à coup de slogans, comme on en est abreuvés continuellement. On parle de sauvegarder notre pouvoir d’achat, qu’importe ce qui arrive aux jeunes des pays du Tiers Monde… On ne se souciera d’eux que lorsqu’ils deviennent des migrants… qu’importe ce qui arrive aux bébés tués légalement dans le sein de leur mère, pourvu que chacun puisse décider ce qu’il veut ! Parce qu’au fond de nous quelque chose refuse ce genre de paix, il nous faut nous demander : d’où nous vient la paix ? Qui peut donner la paix ? Pourquoi la paix est-elle désirable ?

homélie du 13e dimanche ordinaire, 26 juin 2022

le viaduc de Millau dans l’orage (Peyre) Qu’est-ce qu’un chrétien ? C’est l’homme le plus libre que la terre ait jamais porté ! Et pourquoi est-il libre ? Parce qu’il s’est laissé libérer par le Christ. C’est saint Paul qui le dit, et j’aimerais réfléchir un peu avec vous sur ce point. Nous vivons dans une culture qui se laisse facilement dominer par la peur. En temps normal on joue à se faire peur avec toute sorte de films ou de séries-catastrophes, mais il suffit que survienne un sujet vraiment inquiétant et nous voilà prêts à chercher à nous rassurer par tous les moyens. Nous avons vu des scènes de panique, nous en verrons encore… D’autres, animés par la peur, deviennent avares, refusent de partager avec leur prochain dans le besoin… D’autres encore entrent dans une frénésie de fêtes et de plaisirs… Toutes sortes d’attitudes qui révèlent un cœur d’esclave. Entre-temps, le chrétien est l’homme le plus libre que la terre ait porté, parce qu’il sait qu’il va mourir, mais que ce n’est pas si grave, puisque le Christ l’a devancé et que sa vie est déjà cachée avec le Christ en Dieu.

homélie de la fête du Saint-Sacrement, 19 juin 2022

Rome, Raphaël, l’Église Pourquoi l’eucharistie est-elle si centrale dans la vie de l’Église ? Bien sûr, Jésus avait dit aux apôtres à la Dernière Cène : « faites ceci en mémoire de moi ! » Mais il n’avait pas dit à quelle fréquence. Le ferait-on tous les dix ans, une fois par an, davantage ? Serait-ce au centre de la vie du chrétien ou une activité occasionnelle ? Comment connaître l’intention du Seigneur ? Peut-être pourrions-nous nous inspirer de la pratique des premiers chrétiens, qui a plus de chances d’être proche de ce que le Seigneur voulait, sans l’addition possible des coutumes au long des siècles ? Mais comment connaître cette pratique des premiers chrétiens ? Les textes qui nous viennent de l’Antiquité sont rares ; on n’écrivait pas tout ce qu’on faisait, loin de là. Il faut le déduire à partir d’indices, quand il y en a. Heureusement, pour l’eucharistie, nous avons cette lettre de saint Paul où il revient sur ce qu’il a enseigné aux Corinthiens : « j’ai moi-même reçu ce qui vient du Seigneur, et je vous l’ai transmis » (1 Co 11,23). Quelle chance que saint Paul ne se soit pas contenté de transmettre, mais ait aussi insisté sur cette transmission ! Ainsi c’est indubitable, on ne se dira pas que l’eucharistie est une invention de l’Église après Constantin, ou quelque chose du genre. Il y a aussi le témoignage de l’épître aux Hébreux : « Ne délaissons pas nos assemblées, comme certains en ont pris l’habitude, mais encourageons-nous, d’autant plus que vous voyez s’approcher le Jour du Seigneur. » (He 10,25). Et bien plus tard, nous avons saint Justin qui parle du rassemblement du dimanche : « Le jour appelé jour du soleil, tous, qu’ils habitent la ville ou la campagne, ont leur réunion dans un même lieu », écrit-il vers 150 (Première apologie). C’est un lieu tenu plus ou moins secret à cette époque, afin d’éviter les persécutions qui avaient cours.