homélie de Pâques

Ceux qui attente sont baptisés apprennent à vivre comme des êtres nouveaux. Ils apprennent chaque année, chaque jour, à mourir avec le Christ pour ressusciter avec lui. C’est pourquoi nous avons fait des renoncements pendant le carême, pour dompter un peu notre petit moi exigeant ou gémissant, pour mourir un peu à l’amour propre et à l’égoïsme, pour consacrer plus de temps à la prière. Cela nous rend plus sensible à la vie que Dieu veut mettre en nous, cela réveille nos sens intérieurs. Et même si nous avons vécu un carême qui ne ressemble à rien, réjouissons-nous maintenant de la vie que Dieu inaugure aujourd’hui en nous !

À première vue j’aurais eu envie de dire  : le Christ n’est plus mort, fini le vendredi saint, célébrons la résurrection, ne pensons plus à tout ce qui s’appelle « mort » de près ou de loin ! Mais voilà que Saint Paul nous propose de mourir avec le Christ (Col 3,3 ; Rm 6,3.8) afin de pouvoir vivre de sa vie. Nous aimerions bien que la vie chrétienne ne comporte pas une dimension de mort, qu’elle soit plutôt comme une option qui s’ajoute au reste de la vie. Et nous découvrons un peu gênés que si nous voulons ajouter cette option il nous faut renoncer à quelque chose.

Cette mort avec le Christ elle est dans le refus du péché, de ces éléments de la vie auxquels nous tenons mais qui sont des péchés, qui nous détournent de l’amour comme don fidèle de nous-mêmes. Cette mort avec le Christ elle est aussi dans notre façon de vivre nos contrariétés sans grogner contre la vie ou les autres. Et elle est dans tout ce que nous choisissons de faire pour lui alors que nous aurions pu faire autrement ; tout ce que nous choisissons de faire parce que nous voulons le mettre au centre de notre vie et que nous voulons que les pauvres, les oubliés aient une place de choix dans notre emploi du temps. C’est à ce prix que la vie du Christ en nous cesse d’être quelque chose d’abstrait pour devenir source d’une joie imprenable.

La vie du Christ est donnée dans le baptême à celui qui accepte aussi que son baptême l’a fait mourir à la vie ancienne. La vie de foi nous fait vivre autrement qu’avant et autrement que nos contemporains. Pourtant nous ne voulons pas être témoins de la mort mais témoins de la vie. Il ne faut pas que la vie chrétienne paraisse d’abord comme une vie de renoncement, mais comme une vie comblée de joie. Et si nous avons déjà un peu cherché la joie profonde nous savons bien qu’elle ne se trouve pas sans renoncement résolu. C’est Pâques, la joie est donnée, allons la cueillir !