homélie du Jeudi saint 2026

Nous sommes vraiment des héritiers, des gens qui peuvent posséder en propre les grandes œuvres que Dieu a préparées pour eux. Cet héritage nous est transmis par une série d’amis de Dieu qui ont cultivé l’intimité avec lui et ont voulu transmettre les moyens de cette intimité à ceux qui vivaient autour d’eux. Ainsi, il y a au moins 1600 ans qu’on lit ces mêmes textes dans cette même messe du Jeudi saint. Et dans ces textes nous découvrons que ce que nous faisons correspond à ce que saint Paul assure avoir transmis aux chrétiens de Corinthe à partir de ce qu’il a reçu du Seigneur lui-même. Heureux sommes-nous de ne pas devoir deviner à tâtons ce qu’on peut bien connaître de Dieu et de son amour, mais d’hériter d’une telle expérience et d’être branché sur Dieu lui-même !

À notre tour nous faisons de notre mieux pour vivre au maximum cette expérience d’amitié avec Dieu, et nous pourrons ainsi la transmettre en vérité. Plusieurs parmi nous ont reçu cette transmission d’une façon nouvelle, parce qu’ils se préparent au baptême ou à la confirmation ou à la première communion. Mais en fait, tous nous recevons cette transmission chaque fois que nous participons à une célébration, car nous sommes formés non pas par les goûts et les caprices du prêtre qui préside la célébration ou de l’animateur liturgique, mais par la grande liturgie de l’Église. Celle-ci nous paraît parfois un peu poussiéreuse, et on aimerait changer les mots, les phrases, les idées ou d’autres choses du genre. Mais la fidélité avec laquelle nous célébrons assure que nous sommes de vrais héritiers des trésors de Dieu, et pas seulement des adeptes de tel ou tel guide.

Dans cet héritage nous découvrons aujourd’hui que Dieu se bouge pour son peuple, et son peuple c’est nous. Il secoue le joug de Pharaon, qui, dans une relecture chrétienne de l’histoire, représente les forces qui s’opposent à notre progrès spirituel. Pharaon est le modèle de l’endurcissement du cœur, mais Dieu va s’occuper de le faire plier. Pour tenir le coup, les fidèles prennent des forces dans le repas pascal et se protège du sang de l’agneau. Pourquoi lisons-nous encore cela aujourd’hui ? Car il y a là la figure de ce que nous faisons dans chaque messe, et plus spécialement ce soir : Jésus, l’Agneau de Dieu, donne son sang, sa vie pour nous et il se donne en nourriture. À partir de là, tout ce qui pourrait nous faire douter de l’avenir est maîtrisé par le Seigneur donnant sa vie pour nous. N’ayons plus peur de l’avenir ! Ne nous replions pas sur nous-mêmes ou sur de petits bonheurs fragiles. Dieu est avec nous. Il ouvre devant nous un chemin.

La façon dont l’évangile du jour raconte comment Dieu est avec nous va nous aider à l’accueillir, à l’aimer et à le faire connaître. Dieu est avec nous comme Celui qui sert, qui se met à laver les pieds de ses amis pour leur faire partager tout ce qu’il est. Simon-Pierre ne voulait pas, car il était retenu par une fausse humilité et il n’était pas encore prêt à accueillir l’immense dignité que Jésus voulait lui donner. Mais Jésus le pousse à se laisser laver les pieds. Il affirme que c’est ce lavement des pieds qui permet d’avoir part avec lui, de rester dans son amitié, d’être héritier du Père avec lui. Vraiment, Jésus ne veut pas pour nous quelques petites joies seulement, mais la plénitude d’un cœur débordant d’amour.

Jésus vient-il nous laver les pieds aujourd’hui ? Oui, il vient, dans le sacrement de réconciliation où il restaure notre cœur et nous donne accès à sa lumière. Et il vient dans l’eucharistie où il nous attire, nous fortifie, nous nourrit. Enfin il nous a dit : faites comme j’ai fait pour vous. La plénitude de vie qui est en Dieu, ce qu’on appelle la gloire, devient la nôtre lorsque nous devenons serviteurs à la suite de Jésus. Un papa, une maman se remplissent de vie divine en assurant le service de leur famille, tant matériel que spirituel. Les enfants eux aussi deviennent plus vivants en se consacrant à tous ceux qui sont dans la famille. Et chacune, chacun trouve le sens de sa vie en servant le pauvre, celui qui est abandonné, celui à qui personne ne pense. Demandez au Christ comment servir comme lui, et il vous le montrera. Heureux êtes-vous si vous le faites !