homélie du 2e dimanche de Pâques, «de la miséricorde», 12 avril 2026
La première parole de Jésus ressuscité : « la paix soit avec vous » fut la première parole de Léon XIV devant la foule après son élection. Heureux sommes-nous d’être de l’Église qui nous apporte aujourd’hui les paroles de vie du Seigneur et les relaie à la porte de notre cœur ! Le Christ vit dans son Église, il continue d’apporter sa paix à nos cœurs et à fortifier les artisans de paix.
Dans cet évangile nous nous focalisons souvent sur le refus de Thomas de croire sans voir. Mais qu’en est-il du chemin de foi des autres apôtres ? Le premier jour de la semaine, Jésus les trouve dans une salle aux portes verrouillées. Huit jour plus tard, les portes sont-elles ouvertes, maintenant que les apôtres ont été témoins de la puissance du Seigneur dans sa résurrection ? Pas du tout, et on dirait presque que les apôtres ont passé toute une semaine verrouillés dans la peur.
Qu’est-ce que cela nous dit ? Qu’il faut du temps pour que la joie pascale émerge dans nos vies et pour nous accrocher à cette joie. C’est pourquoi Jésus initie ses disciples au rythme hebdomadaire et semble inventer le rassemblement du dimanche. L’Église continuera sur cette impulsion jusqu’à nos jours. On a parlé jadis d’obligation dominicale. C’était une intuition juste, à condition de ne pas en perdre le sens : on n’est pas obligé de venir à l’église le dimanche pour faire nombre, pour remplir le bâtiment, pour satisfaire le curé, pour gonfler des statistiques. Mais on doit y venir pour vivre, pour tenir dans la foi, pour progresser au contact du Seigneur et de ses disciples d’aujourd’hui. Sinon, notre foi ne progresse pas, elle reste à la mesure de ce que nous fixons nous-mêmes, alors que nous prétendons être les enfants d’un Dieu infini.
Dans l’Évangile du jour, Jésus fait aux disciples le don de son pouvoir. Il avait annoncé quelques jours auparavant : « celui qui croit en moi fera les œuvres que je fais. Il en fera même de plus grandes, parce que je pars vers le Père » (Jn 14,12) Maintenant, il concrétise ce « vous ferez de grandes choses » en : remettez les péchés comme je l’ai fait ». C’est un pouvoir donné aux apôtres, mais plus précisément à toute l’Église : c’est elle qui a le pouvoir de devenir le pont vers Dieu, le lien avec Dieu.
Pourquoi est-ce si spécial ? « Je me les remets bien tout seul… » dit souvent le chrétien contemporain. Nous ne sommes pas très branchés sur la rémission des péchés parce que nous regardons le problème du péché à partir de nous-mêmes : est-ce que je me sens coupable, un peu, beaucoup, pas tellement ?
Mais si nous le regardions à partir de Dieu qui se demande : quand donc son cœur va-t-il se tourner vers moi pour que je puisse le remplir de tout mon amour, sans filtre, sans écran, sans restriction ?
Quand nous allons nous confesser, demander le pardon de Dieu, regardons ce désir de Dieu plus encore que notre péché. Nous n’allons pas nous confesser pour apaiser notre conscience, mais pour grandir dans l’intimité avec Dieu, qui nous guérit, nous console, nous fortifie. Cela se vit aussi dans l’eucharistie, qui vient sceller cette démarche de réconciliation commencée. L’eucharistie chaque dimanche nous permet d’être fortifiés comme les premiers chrétiens par le lien vivant qu’elle entretient avec le Dieu de vie.
Souhaitons vraiment que le Christ ressuscité entre dans notre cœur comme jadis au Cénacle et vienne nous dire tout son amour, combien nous comptons pour lui, combien il souhaite nous unir à lui.

