homélie du 16e dimanche A, 19 juillet 2026

Les paraboles racontées par Jésus aujourd’hui (Mt 13,24) nous permettent de comprendre la situation du monde et ce que Dieu attend de nous. Ce monde est un monde visité par Dieu : c’est son champ, où il a planté du bon grain. Pourtant, le mal semble y proliférer sans limite. C’est un ennemi qui a introduit le mal dans le monde, et si on voulait l’éradiquer par la force on arracherait aussi le bien.

Pourquoi en est-il ainsi ? Parce que Dieu nous a donné notre liberté pour faire le bien, mais c’est aussi avec elle que nous pouvons faire le mal. Va-t-il nous la retirer ? Alors nous ne pourrions plus faire le bien non plus, mais seulement agir comme des automates, ou au mieux comme des animaux soumis à leur instinct. Cela n’est pas bon, et Dieu ne le veut pas.

L’homme est capable du pire parce qu’il est capable du meilleur. Et c’est ce meilleur que nous devons cultiver. C’est un des rôles de l’Église, en plus de nous donner le salut : créer les conditions pour que chacun donne le meilleur de lui-même. C’est ainsi qu’elle est un levain enfoui dans la pâte du monde, ou qu’elle ressemble à une graine considérée comme peu de choses mais qui donne une plante qui abrite tous les hommes de bonne volonté, tous ceux qui sont assez humbles pour chercher auprès d’elle le Seigneur.

L’Église semble si petite et faible pour cette mission. Mais le Seigneur lui donne de réaliser cela si elle lui fait confiance.

La nécessité de laisser pousser ensemble le bon grain et l’ivraie nous conduit à méditer sur la patience de Dieu. Mon Dieu, comment peux-tu supporter que tes enfants souffrent ainsi du mal commis par les uns et les autres ? Que fais-tu pour les défendre ? Ton bras est-il trop court ?

Alors qu’on pourrait prendre la patience de Dieu comme un signe de sa faiblesse, le livre de la Sagesse nous dit que c’est une marque de sa puissance. « Ta force est à l’origine de ta justice, et ta domination sur toute chose te permet d’épargner toute chose… Toi qui disposes de la force, tu juges avec indulgence, tu nous gouvernes avec beaucoup de ménagement. » (Sg 12,16.18)

Le gouvernement de Dieu sur le monde embrasse le maximum de personnes pour les attirer à son salut, bien que certains risquent quand même de se perdre par leur entêtement.

Quant à ceux qui souffrent du mal, Dieu ne les ignore pas. Par la passion de son Fils, il a pris sur lui ce que le mal détruit. « Par ses blessures, nous sommes guéris », dit l’apôtre Pierre à la suite d’Isaïe (1 P 2,24 ; Is 53,5). Car sa croix lui permet de soutenir ce monde blessé et de l’acheminer vers le Royaume à la fois dans la justice et dans l’indulgence ou la miséricorde. Si Dieu n’était qu’indulgent, ce serait intolérable pour tous ceux que le mal écrase. Si Dieu n’était que juste, ce serait désespérant pour les pécheurs. Mais Dieu saisit le monde et l’approche de son cœur jusqu’à en mourir : pas ses blessures nous sommes guéris.

Enfin viendra le jour de la moisson, le jour où l’ivraie sera arrachée, où le mal sera rejeté pour toujours, et si quelqu’un s’y attache il connaîtra le même sort. Seigneur, pour tous les écrasés de la Terre, que vienne ton jour, et que nous nous y préparions en t’aimant plus que tout et en aimant notre prochain !