homélie du 22e dimanche A, 30 août 2026
Comme saint Pierre nous parvenons difficilement à faire coexister la foi en Dieu et la présence du mal dans nos vies. Nous dirions bien comme lui que celui qui est avec Dieu et qui a Dieu avec lui ne doit pas connaître l’échec et la souffrance. Quand Jésus annonce ses épreuves, Pierre dit « Dieu t’en garde, Seigneur, cela ne t’arrivera pas ! » Plus tard, avec beaucoup moins d’amour, les scribes crieront à la croix : « Il a mis sa confiance en Dieu. Que Dieu le délivre maintenant, s’il l’aime ! Car il a dit : “Je suis Fils de Dieu.” »
Pour l’homme, spontanément, si Dieu est Dieu il devrait faire disparaître le mal. Cela repose sur une vérité : Dieu n’a rien à voir avec le mal ; rien ne lui est plus contraire que le mal. Et même quand Dieu parle d’une punition qu’il infligerait, c’est pour avertir celui qui s’éloigne de la source de vie, non pour punir par lui-même. Et si le mal nous révolte, c’est d’abord à cause du fait que nous sommes faits à l’image de Dieu, qui est le premier à se révolter contre le mal.
Mais alors, comment se révolte-t-il contre le mal ? Nous attendons un Dieu magicien, qui arrête les guerres, transforme tous les microbes en germes inoffensifs, répare les cellules qui dysfonctionnent et retient de sa main les glissements de terrain. En réagissant ainsi nous oublions que le mal sort bien souvent du cœur de l’homme, et que Dieu se refuse de contraindre l’homme et de le téléguider. Nous perdons aussi de vue que l’homme dont la santé est assurée devient facilement orgueilleux jusqu’à refuser Dieu ou vouloir lui donner des leçons. En constatant cela nous pressentons que le mal est un mystère et qu’il n’y a pas de solution facile.
Alors, que fait Dieu ? Lorsque le mal survient dans notre vie, nous disons à juste titre : « Dieu, où es-tu ? » C’est notre cri spontané. C’est aussi le cri du Fils de Dieu sur la croix : « Père, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Le Fils de Dieu a crié cela du plus profond de son cœur. Pour affronter le scandale du mal, Dieu vient souffrir avec nous. Pas seulement en devenant solidaire de toutes les épreuves. Mais en les transformant en chemin. Alors il dit : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. »
Quand nous serions tentés de frapper le Christ avec la croix de nos épreuves, dans un grand mouvement de protestation où nous dirions : « Dieu, puisque tu ne t’occupes pas de moi, je te rejette ! », Jésus nous dit : suis-moi, marche derrière moi avec ta croix ! Il nous donne de ne pas vivre nos épreuves seuls, perdus, abandonnés. C’est l’adversaire de la nature humaine qui nous murmure à l’oreille que nos épreuves sont le signe du désintérêt de Dieu ou de son impuissance. Mais nous lui résistons en nous disant à nous-mêmes : le Christ est passé par là, et je le suis, je marche à sa suite, il me tient la main, il m’ouvre un chemin.
Plus tard, nous comprendrons le sens de nos épreuves, et je pressens que nous serons émerveillés de voir comment Dieu a fait concourir tant de choses pour le salut du plus grand nombre. En attendant, nous apprenons à avancer sans peur. Sans peur d’être rejetés, comme Jérémie qui doit dire la vérité de Dieu à ceux qui n’en veulent pas. Sans peur de manquer, comme les chrétiens de Rome que saint Paul encourage à s’offrir tout entiers à Dieu, en dissidence par rapport au monde contemporain. Sans peur de passer à côté de notre bonheur à cause de notre fidélité au Christ, car « celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi, dit Jésus, la trouvera. »
Ce que Dieu fait en nous accompagnant au milieu de nos épreuves est beaucoup plus grand que ce qu’il aurait pu faire en nous épargnant un chemin difficile et en nous laissant à nos idées. Jésus a forcé Pierre à entrer dans ses vues. Il ne nous donne pas tellement le choix non plus, mais c’est pour que nous vivions plus. En portant notre croix à sa suite, des chemins de vie s’ouvrent dans nos cœurs. Derrière lui nous ne serons jamais perdus. Encourageons-nous les uns les autres sur ce chemin de fidélité !

