homélie du 29e dimanche A, 18 octobre 2026
Dans l’Évangile de ce jour, les adversaires de Jésus veulent le piéger sur le lien entre la foi, la politique et le nationalisme. Le piège est celui-ci : si tu dis qu’il faut payer l’impôt à l’occupant, tu es un collabo. Si tu dis qu’il ne faut pas le payer, tu es un fanatique, un rebelle, un danger public. Jésus répond par une des phrases les plus célèbres de la pensée chrétienne : « rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu » (Mt 22,21).
Ce « rendez à césar… » ne signifie pas qu’il y a d’un côté une vie religieuse dans une sphère privée, de l’autre la vie politique où on fait des choix pour la société indépendamment de convictions religieuses. Pour le comprendre, regardons comment Dieu parle à Cyrus, le grand roi perse qui vient de surprendre le monde entier en conquérant l’empire de Babylone. Il lui dit en quelque sorte : toi, Cyrus, le puissant roi, c’est moi le Dieu unique qui t’ai appelé ; et en dehors de moi il n’y a pas d’autre puissance.
L’Église a enseigné aux rois que c’était de Dieu qu’ils tenaient leur pouvoir. Et cela leur a permis de se corriger quand ils se laissaient emporter par l’orgueil ou le sentiment de puissance. Aujourd’hui les puissants n’acceptent plus cette mesure. Et on voit l’arrogance des puissants arriver à des sommets hallucinants. Comme on aimerait qu’ils aient conscience que finalement c’est à Dieu qu’ils devront rendre des comptes ! S’il faut rendre à César ce qui est à César, il faut encore plus rendre à Dieu ce qui est à Dieu. Et toute vie est dans les mains de Dieu.
L’Église a toujours influencé la politique, sans jamais chercher à prendre le pouvoir par elle-même. Hormis des dérapages comme Savonarole à Florence ou Calvin à Genève, il n’y a pas eu de théocratie chrétienne, au contraire de ce qu’on voit en islam. L’Église ne prend pas le pouvoir, mais il est bon que des gens se lèvent, influencés par le dynamisme de leur foi chrétienne, pour s’engager dans la conduite des affaires de l’État, de la Ville, de l’Europe. Le monde a besoin de politiques à la couleur de l’Évangile, car l’Évangile est bon pour tous. Bien sûr, c’est un domaine où il faut accepter beaucoup de compromis et de concessions, mais comme le disait jadis un premier ministre chrétien : « si tous les dégoûtés s’en vont, il ne restera que les dégoûtants ».
Si les fidèles laïcs doivent faire de la politique, les responsables de l’Église peuvent-ils parler en matière politique ? Est-ce qu’ils ne mélangent pas Dieu et César ? Lors de son voyage en France le pape a parlé de sujets qui touchent la société, des sujets débattus au Parlement — comme l’avait fait François lors de son passage en Belgique. On a demandé au pape s’il ne pensait pas avoir enfreint le principe de laïcité, de séparation de l’Église et de l’État. Il a répondu ceci dans l’avion qui le ramenait à Rome : « lorsque l’Église parle de défendre la vie, lorsqu’elle aborde des questions de doctrine sociale, nous n’entrons pas dans le domaine politique, nous appliquons l’Évangile à la vie des gens. Il peut y avoir des politiciens, de gauche ou de droite, qui affirment que “la religion ne devrait exister que dans la sphère privée” ; que chacun fasse ce qu’il veut dans sa vie privée, mais qu’en tant qu’État, nous restions séparés. Je me suis rendu en France avant tout pour prêcher l’Évangile, pour annoncer la Bonne Nouvelle, pour réaffirmer ce que Jésus-Christ lui-même dit lorsqu’il déclare : “Je suis le chemin, la vérité et la vie”, c’est-à-dire pour proclamer la vérité que Jésus nous offre. La défense de la vie est un enseignement auquel, comme vous le savez tous, l’Église adhère profondément. Ainsi, d’une part, sachant évidemment qu’en France une loi a récemment été adoptée, ainsi que dans d’autres pays d’Europe et dans d’autres régions du monde, les questions relatives à la fin de vie font aujourd’hui l’objet de nombreux débats. Mais en se trouvant dans un lieu comme Lourdes, où les gens sont en quête de quelque chose de bien plus profond, on peut comprendre que leur vie, même au milieu de la maladie, du handicap ou de souffrances de toutes sortes, a un sens. L’Église, grâce à Jésus lui-même, souhaite être proche de ces personnes et affirmer les valeurs dont la vie elle-même recèle, je pense, pour chacun d’entre nous. Je dirais donc que, si c’est cela la politique, je l’ai fait, mais ce n’était pas pour m’impliquer dans la politique française. C’était pour enseigner ce que l’Église croit réellement. »
Alors n’ayons pas peur de parler, de prendre position, inspirés par l’amour de Dieu pour tous, par sa volonté de ne laisser personne sur le côté, de ne pas laisser ses enfants errer sans espérance ni sans guide. Que le Seigneur nous remplisse de foi, d’espérance et de charité pour cela !

